Les Rencontres d'Averroès - 15ème édition - Entre Islam et Occident, la Méditerranée?
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Rencontre lecture & projection Mohamed Kacimi / Alain de Libéra / « Le Destin » de Youssef Chahine
• Samedi 18 octobre à partir de 15 h • Arles • Cinéma & Chapelle Le Méjan
Hommage à Chahine avec la projection du film « Le Destin » Festival des cinémas d’Afrique du Pays d’Apt
• Jeudi 6 novembre à 18 h • Apt • Cinéma César

Youssef Chahine Portrait de Youssef Chahine
© Droits réservés

Le Destin :
quand Chahine célébrait Averroès

Quand un cinéaste d’âge avancé vientà mourir, il n’a droit, en général, qu’à quelques articles nécrologiques de convenance. Mais le 27 juillet dernier, c’est une vraie tristesse, un profond sentiment de perte qui s’est exprimé lors de la disparition de Youssef Chahine. En Orient comme en Occident, le cinéaste représentait en effet une des figures les plus lumineuses du monde arabe. Chahine était si profondément, si viscéralement égyptien, qu’il portait sans effort ses influences européennes et plus encore hollywoodiennes. Mais son aura lui venait surtout du combat qu’il avait mené pied à pied, film à film, contre le fanatisme et l’obscurantisme, affirmant sans relâche, qu’il existait un autre islam, et une autre arabité. Un des moments essentiels de cette bataille a été, en 1996, Le Destin.
Les intégristes venaient d’obtenir l’interdiction de son film précédent, L’Émigré. Chahine a voulu leur river le bec en portant à l’écran la vie d’Averroès, qui reste, aujourd’hui encore l’incarnation de l’Islam éclairé.
De ce grand érudit né à Cordoue en 1126, au moment où la civilisation arabo-andalouse atteint son apogée, le cinéaste dresse un chatoyant portrait. Il montre l’audace de sa pensée, la controverse déclenchée par ses écrits parmi les orthodoxes [qui obtiendront son exil et la mise au bûcher de ses ouvrages]. Mais, à mille lieues du filmà thèse, avec une rutilance toute hollywoodienne, il fait du philosophe un bon vivant et un homme amoureux de la vie. Il accorde à la danse, à la poésie et aux femmes une place capitale. Il lorgne du côté du western et de Dumas. Il fustige l’inextinguible soif de pouvoir qui se cache sous le rigorisme religieux et lance son message : « La pensée a des ailes. Et nul ne peut arrêter son envol ». Chahine nous a vraiment légué un film nécessaire !

Mohamed Kacimi à Arles

L’Orient fait-il toujours rêver ? Qu’en est-il lorsque l’on confronte ce mot aux réalités géopolitiques qu’il recouvre aujourd’hui ?
C’est la problématique que nous propose d’approfondir Mohamed Kacimi, écrivain, accueilli par l’université populaire du Pays d’Arles. Un film, « Le Destin » de Youssef Chahine, et des textes de Mohamed Kacimi, lus par l’auteur en personne, étayeront la réflexion.

Certains de ces textes sont issus d’une comédie réjouissante, La Confession d’Abraham [Gallimard]. Une pièce en forme de monologue dans laquelle l’écrivain se saisit de la figure du pâtre patriarche pour s’adresser aux trois grandes religions monothéistes. Un texte à la fois simple et complexe, qui exhume avec légèreté la poésie des textes fondateurs.
D’autres sont tirés de L’Orient après l’amour [Actes Sud], une parution récente, dans laquelle l’auteur livre des tranches de vie arrachées à Beyrouth, Le Caire, Jérusalem, Al-Qods, Riyad, Alger, Djeddah ou Sanâa. De simples récits qui n’ont l’air de rien maisà travers lesquels Mohamed Kacimi pointe avec inquiétude la montée de l’islamisme. Au gré de ses voyages, il note impressions générales, réflexions, analyses, bribes de dialogues, rencontres… On aime quand il raconte son enfance dans la zaouïa d’El- Hamel, avec son cheikh de grand-père, l’école coranique, la langue française et les premiers jours de l’indépendance. Puis le déménagement de la famille à Alger. « C’était blanc, c’était vide, c’était bleu. Je n’oublierai jamais la première vision de la mer, une sensation de vertige », se souvient l’enfant des hauts plateaux.
Au fil des pages, se dessine une charge féroce contre l’intégrisme islamique. Le livre s’ouvre sur cette phrase de Rabbi Nahman :« Plus les temps sont durs, plus notre rire sera fort ». Pas d’apitoiement donc…

Ecrivain et auteur de théâtre, Mohamed Kacimi traque les clichés et donne une lecture de ce monde arabe et musulman pleinement inscrit dans la complexité méditerranéenne. Un éloge de la liberté de penser, d'imaginer et de créer. Une riche après-midi en perspective à Arles, à laquelle est également convié, par la voix d’Alain de Libéra, le grand Averroès…

SAMEDI 18 OCTOBRE
ARLES, Cinéma Le Méjan & Chapelle Saint-Martin du Méjan
15 H & 21 H - Projection « Le Destin » film de Youssef Chahine [Egypte/France, 1997, 2 h 15]
17 H - Conférence-débat avec Alain de Libéra « À propos d’Averroès »
18 H 30 - Rencontre avec l’écrivain algérien Mohamed Kacimi & lecture par l’auteur d’extraits de ses ouvrages « L’Orient après l’amour » et « Confessions d’Abraham » Un programme proposé par l’association Le Méjan, les éditions Actes Sud& l’UPOP’Arles

JEUDI 6 NOVEMBRE
APT, Cinéma César
18 H - Hommage à Youssef Chahine avec la projection de son film « Le Destin» [Egypte/France, 1997, 2 h 15]
Dans le cadre du Festival des cinémas d’Afrique du Pays d’Apt [africapt-festival.fr]

réalisation : Laurence Fillon [espaceculture] / visuel original : Georges René