Portrait de Youssef Chahine
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Le Destin :
quand Chahine
célébrait Averroès
Quand un cinéaste d’âge avancé vientà mourir, il n’a droit, en général, qu’à quelques
articles nécrologiques de convenance. Mais
le 27 juillet dernier, c’est une vraie tristesse,
un profond sentiment de perte qui s’est
exprimé lors de la disparition de Youssef
Chahine. En Orient comme en Occident, le
cinéaste représentait en effet une des figures
les plus lumineuses du monde arabe. Chahine était si profondément, si viscéralement égyptien,
qu’il portait sans effort ses influences
européennes et plus encore hollywoodiennes.
Mais son aura lui venait surtout du combat
qu’il avait mené pied à pied, film à film, contre
le fanatisme et l’obscurantisme, affirmant
sans relâche, qu’il existait un autre islam, et
une autre arabité. Un des moments essentiels
de cette bataille a été, en 1996, Le
Destin.
Les intégristes venaient d’obtenir l’interdiction
de son film précédent, L’Émigré. Chahine
a voulu leur river le bec en portant à l’écran
la vie d’Averroès, qui reste, aujourd’hui
encore l’incarnation de l’Islam éclairé.
De ce grand érudit né à Cordoue en 1126, au
moment où la civilisation arabo-andalouse
atteint son apogée, le cinéaste dresse un
chatoyant portrait. Il montre l’audace de sa
pensée, la controverse déclenchée par ses écrits parmi les orthodoxes [qui obtiendront
son exil et la mise au bûcher de ses
ouvrages]. Mais, à mille lieues du filmà thèse, avec une rutilance toute hollywoodienne,
il fait du philosophe un bon vivant et
un homme amoureux de la vie. Il accorde à la
danse, à la poésie et aux femmes une place
capitale. Il lorgne du côté du western et de
Dumas. Il fustige l’inextinguible soif de pouvoir
qui se cache sous le rigorisme religieux et
lance son message : « La pensée a des ailes.
Et nul ne peut arrêter son envol ». Chahine
nous a vraiment légué un film nécessaire ! |
Mohamed
Kacimi à Arles
L’Orient fait-il toujours rêver ? Qu’en est-il
lorsque l’on confronte ce mot aux réalités
géopolitiques qu’il recouvre aujourd’hui ?
C’est la problématique que nous propose
d’approfondir Mohamed Kacimi, écrivain,
accueilli par l’université populaire du Pays
d’Arles. Un film, « Le Destin » de Youssef
Chahine, et des textes de Mohamed Kacimi,
lus par l’auteur en personne, étayeront la
réflexion.
Certains de ces textes sont issus d’une
comédie réjouissante, La Confession d’Abraham
[Gallimard]. Une pièce en forme de monologue
dans laquelle l’écrivain se saisit de la figure du
pâtre patriarche pour s’adresser aux trois
grandes religions monothéistes. Un texte à la
fois simple et complexe, qui exhume avec
légèreté la poésie des textes fondateurs.
D’autres sont tirés de L’Orient après l’amour [Actes Sud], une parution récente, dans
laquelle l’auteur livre des tranches de vie
arrachées à Beyrouth, Le Caire, Jérusalem,
Al-Qods, Riyad, Alger, Djeddah ou Sanâa. De
simples récits qui n’ont l’air de rien maisà travers lesquels Mohamed Kacimi pointe
avec inquiétude la montée de l’islamisme. Au
gré de ses voyages, il note impressions
générales, réflexions, analyses, bribes de
dialogues, rencontres… On aime quand il
raconte son enfance dans la zaouïa d’El-
Hamel, avec son cheikh de grand-père,
l’école coranique, la langue française et les
premiers jours de l’indépendance. Puis le
déménagement de la famille à Alger. « C’était
blanc, c’était vide, c’était bleu. Je n’oublierai
jamais la première vision de la mer, une sensation
de vertige », se souvient l’enfant des
hauts plateaux.
Au fil des pages, se dessine une charge
féroce contre l’intégrisme islamique. Le livre
s’ouvre sur cette phrase de Rabbi Nahman :« Plus les temps sont durs, plus notre rire
sera fort ». Pas d’apitoiement donc…
Ecrivain et auteur de théâtre, Mohamed
Kacimi traque les clichés et donne une
lecture de ce monde arabe et musulman
pleinement inscrit dans la complexité méditerranéenne. Un éloge de la liberté de
penser, d'imaginer et de créer. Une riche
après-midi en perspective à Arles, à laquelle
est également convié, par la voix d’Alain de
Libéra, le grand Averroès…

SAMEDI 18 OCTOBRE
ARLES, Cinéma Le Méjan & Chapelle Saint-Martin du Méjan
15 H & 21 H - Projection « Le Destin » film de Youssef Chahine [Egypte/France,
1997, 2 h 15]
17 H - Conférence-débat
avec Alain de Libéra « À propos d’Averroès »
18 H 30 - Rencontre avec l’écrivain algérien
Mohamed Kacimi & lecture par l’auteur
d’extraits de ses ouvrages « L’Orient après
l’amour » et « Confessions d’Abraham » Un programme proposé par l’association
Le Méjan, les éditions Actes Sud& l’UPOP’Arles

JEUDI 6 NOVEMBRE
APT, Cinéma César
18 H - Hommage à Youssef Chahine
avec la projection de son film « Le Destin» [Egypte/France, 1997, 2 h 15]
Dans le cadre du Festival des cinémas
d’Afrique du Pays d’Apt [africapt-festival.fr]

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