Portrait de Mathias Enard
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Mathias
Enard
Né à Niort en 1972, Mathias Enard
a d’abord suivi des études d’art
contemporain à l’École du Louvre à Paris, pour apprendre ensuite l’arabe
et le persan aux Langues orientales.
Dès cette époque, il effectue de
nombreux séjours à l’étranger,
principalement au Proche et Moyen
Orient [Téhéran, Damas, Beyrouth,
Le Caire, Tunis] mais aussi en
ex-Yougoslavie, en Italie [Venise et
Rome, en tant que pensionnaire de
la Villa Médicis en 2005-2006] et en
Espagne [Barcelone, où il est actuellement
professeur d’arabe à l’université].
Il a publié très tôt des poèmes illustrés,
puis animé à partir de 2000 à Barcelone
plusieurs revues culturelles.
Il est l’auteur de La Perfection du tir
[Actes Sud, 2003] ; Remonter
l’Orénoque [Actes Sud, 2005] ;
Bréviaire des artificiers [illustrations
de Pierre Marquès, Verticales, 2007] ;
Zone [Actes Sud, 2008]. Il a également
traduit du persan et de l’arabe [Épître
de la Queue de Mirzâ Habib Esfahâni,
Verticales, 2004, et Yasser Arafat m’a
regardé et m’a souri de Youssef Bazzi,
Verticales, 2007] et fait partie du comité de rédaction de la revue Inculte.
Zone le dernier roman de Mathias Enard, est
un livre foisonnant et multiple, une « épopée
contemporaine », de l’aveu même de son
auteur qui a voulu [entre autre] rendre
hommage à l’Iliade. Découpé en vingt-quatre
chapitres, comme l’oeuvre d’Homère, c’est,
en plus de 500 pages, le voyage en train, de
nuit, entre Milan et Rome, de Francis Servain
Mirkovic, alias Yvan Deroy, un ancien mercenaire
recruté par un service de renseignement
français pour travailler sa « zone » [en gros, tout le pourtour méditerranéen]. Au
bout de ce périple, il veut remettre au
Vatican, contre 300 000 dollars, une valise
bourrée de renseignements qu’il a accumulés
pour son propre compte. L’occasion de
faire un bilan sans concession, à la manière
d’une autre figure romanesque, le narrateur
de La Modification de Butor [même trajet,
même introspection récapitulative d’une vie,
même incertitude sur la femme qui l’attend
au bout du voyage], mais aussi l’opportunité
pour l’auteur de parcourir, avec un brio époustouflant, l’histoire, la géographie, et
les mythologies de ce milieu du monde qu’est
la Méditerranée. De la guerre en Yougoslavie à Hannibal, de Franco à la Palestine,
de l’Algérie à la campagne d’Égypte de
Napoléon, et jusqu’aux trains à destination
des camps de concentration de Treblinka, ce
ne sont que terres incendiées et mers
emplies de cadavres, chocs, violences et
trahisons… Un désordre absolu. Le talent de
Mathias Enard tient en haleine son lecteur
grâce à un rythme et un souffle incroyables,
le livre n’étant constitué que d’une seule
phrase, sauf quelques incursions extérieures.
Le texte est comme halluciné, à l’image d’un
narrateur agité par les injonctions contradictoires
du sommeil et des amphétamines, et
cependant diablement efficace pour rendre
la folie du monde. Le plus remarquable est
que Mathias Enard laisse la place malgré
tout aux récits individuels : insérés comme
des diamants dans ce magma volcanique, ils
rendent, malgré la mort toute-puissante, de
magnifiques éclats de vie et d’humanité. |
L’espion
au champagne :
un agent du
Mossad perdu
dans sa double
identité
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On est très curieux de connaître la
réaction de Mathias Enard devant ce
portrait filmé de Ze’ev Gur Arie, alias
Wolfgang Lotz. Car cet agent du Mossad qui
fut surnommé « l’espion au champagne »,
est, comme le héros de son nouveau
roman, Zone, un virtuose de l’ambiguïté.
L’étrange itinéraire de cet homme
commence en 1960 au Caire. À l’époque,
Nasser a attiré auprès de lui une escouade
de scientifiques allemands dans l’espoir de
doter l’Egypte de missiles. Et naturellement,
les services secrets israéliens s’en
inquiètent. Pour en savoir plus sur ce programme
de recherches, ils recrutent un
commandant de cavalerie. Il s’appelle
Ze’ev Gur Arie. Il est marié et il a un fils,
Oded.
Il s’installe dans la capitale égyptienne
sous le nom de Wolfgang Lotz, avec un
passé d’ancien nazi et un compte en
banque de millionnaire. Propriétaire d’un
haras, il mène grand train, organise des
fêtes somptueuses où se bouscule la
bonne société cairote… et épouse Waldraut
Neumann, la blonde Allemande qui lui a
tourné la tête !
Démasqué en août 1965, condamné à la
prison à vie, il réussit néanmoins à taire ses
origines juives. Trois ans plus tard, il est
libéré et rejoint Israël, où il est accueilli
avec les honneurs. Mais sa seconde
identité a pris définitivement le pas sur la
première. Il se vit toujours comme Wolfgang
Lotz et part s’installer en Allemagne où il
meurt en 1993, seul et sans le sou, non sans
avoir publié son autobiographie sous le titre
L’Espion au champagne.
Ce n’est pas ce livre, du moins pas seulement,
qui a inspiré le jeune documentariste
israélien Nadav Shirman. Celui-ci a réussi à faire parler d’anciens agents du Mossad,
et surtout Oded Gur Arie. Le fils de l’espion
au champagne a accepté de témoignerà une seule condition : que toutes les facettes
de son père soient évoquées, « le bon, la
brute et le truand », comme il dit.

DIMANCHE 26 OCTOBRE
AVIGNON, Cinéma Utopia
14 H - Rencontre littéraire avec Mathias Enard
Projection « The Champagne Spy » [L’Espion au champagne] documentaire
de Nadav Shirman [Allemagne/Israël,
2006, 1 h 28]
Une collaboration cinéma Utopia/librairie
La Mémoire du Monde

LUNDI 27 OCTOBRE, 19 H
AIX-EN-PROVENCE, Librairie Harmonia Mundi

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