Les Rencontres d'Averroès - 15ème édition - Entre Islam et Occident, la Méditerranée?
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Rencontre littéraire & Projection Mathias Enard pour « Zone » / « The Champagne spy » de Nadav Schirman
• Dimanche 26 octobre à 14 h • Avignon • Cinéma Utopia
Rencontre littéraire avec Mathias Enard
• Lundi 27 octobre à 19 h • Aix-en-Provence • Librairie Harmonia Mundi

Mathias EnardPortrait de Mathias Enard
© Droits réservés

Mathias Enard

Né à Niort en 1972, Mathias Enard a d’abord suivi des études d’art contemporain à l’École du Louvre à Paris, pour apprendre ensuite l’arabe et le persan aux Langues orientales. Dès cette époque, il effectue de nombreux séjours à l’étranger, principalement au Proche et Moyen Orient [Téhéran, Damas, Beyrouth, Le Caire, Tunis] mais aussi en ex-Yougoslavie, en Italie [Venise et Rome, en tant que pensionnaire de la Villa Médicis en 2005-2006] et en Espagne [Barcelone, où il est actuellement professeur d’arabe à l’université].
Il a publié très tôt des poèmes illustrés, puis animé à partir de 2000 à Barcelone plusieurs revues culturelles.
Il est l’auteur de La Perfection du tir [Actes Sud, 2003] ; Remonter l’Orénoque [Actes Sud, 2005] ; Bréviaire des artificiers [illustrations de Pierre Marquès, Verticales, 2007] ; Zone [Actes Sud, 2008]. Il a également traduit du persan et de l’arabe [Épître de la Queue de Mirzâ Habib Esfahâni, Verticales, 2004, et Yasser Arafat m’a regardé et m’a souri de Youssef Bazzi, Verticales, 2007] et fait partie du comité de rédaction de la revue Inculte.

Zone le dernier roman de Mathias Enard, est un livre foisonnant et multiple, une « épopée contemporaine », de l’aveu même de son auteur qui a voulu [entre autre] rendre hommage à l’Iliade. Découpé en vingt-quatre chapitres, comme l’oeuvre d’Homère, c’est, en plus de 500 pages, le voyage en train, de nuit, entre Milan et Rome, de Francis Servain Mirkovic, alias Yvan Deroy, un ancien mercenaire recruté par un service de renseignement français pour travailler sa « zone » [en gros, tout le pourtour méditerranéen]. Au bout de ce périple, il veut remettre au Vatican, contre 300 000 dollars, une valise bourrée de renseignements qu’il a accumulés pour son propre compte. L’occasion de faire un bilan sans concession, à la manière d’une autre figure romanesque, le narrateur de La Modification de Butor [même trajet, même introspection récapitulative d’une vie, même incertitude sur la femme qui l’attend au bout du voyage], mais aussi l’opportunité pour l’auteur de parcourir, avec un brio époustouflant, l’histoire, la géographie, et les mythologies de ce milieu du monde qu’est la Méditerranée. De la guerre en Yougoslavie à Hannibal, de Franco à la Palestine, de l’Algérie à la campagne d’Égypte de Napoléon, et jusqu’aux trains à destination des camps de concentration de Treblinka, ce ne sont que terres incendiées et mers emplies de cadavres, chocs, violences et trahisons… Un désordre absolu. Le talent de Mathias Enard tient en haleine son lecteur grâce à un rythme et un souffle incroyables, le livre n’étant constitué que d’une seule phrase, sauf quelques incursions extérieures. Le texte est comme halluciné, à l’image d’un narrateur agité par les injonctions contradictoires du sommeil et des amphétamines, et cependant diablement efficace pour rendre la folie du monde. Le plus remarquable est que Mathias Enard laisse la place malgré tout aux récits individuels : insérés comme des diamants dans ce magma volcanique, ils rendent, malgré la mort toute-puissante, de magnifiques éclats de vie et d’humanité.

L’espion au champagne :
un agent du Mossad perdu dans sa double identité

The Champagne Spy© Droits réservés

On est très curieux de connaître la réaction de Mathias Enard devant ce portrait filmé de Ze’ev Gur Arie, alias Wolfgang Lotz. Car cet agent du Mossad qui fut surnommé « l’espion au champagne », est, comme le héros de son nouveau roman, Zone, un virtuose de l’ambiguïté.
L’étrange itinéraire de cet homme commence en 1960 au Caire. À l’époque, Nasser a attiré auprès de lui une escouade de scientifiques allemands dans l’espoir de doter l’Egypte de missiles. Et naturellement, les services secrets israéliens s’en inquiètent. Pour en savoir plus sur ce programme de recherches, ils recrutent un commandant de cavalerie. Il s’appelle Ze’ev Gur Arie. Il est marié et il a un fils, Oded.

Il s’installe dans la capitale égyptienne sous le nom de Wolfgang Lotz, avec un passé d’ancien nazi et un compte en banque de millionnaire. Propriétaire d’un haras, il mène grand train, organise des fêtes somptueuses où se bouscule la bonne société cairote… et épouse Waldraut Neumann, la blonde Allemande qui lui a tourné la tête !
Démasqué en août 1965, condamné à la prison à vie, il réussit néanmoins à taire ses origines juives. Trois ans plus tard, il est libéré et rejoint Israël, où il est accueilli avec les honneurs. Mais sa seconde identité a pris définitivement le pas sur la première. Il se vit toujours comme Wolfgang Lotz et part s’installer en Allemagne où il meurt en 1993, seul et sans le sou, non sans avoir publié son autobiographie sous le titre L’Espion au champagne.
Ce n’est pas ce livre, du moins pas seulement, qui a inspiré le jeune documentariste israélien Nadav Shirman. Celui-ci a réussi à faire parler d’anciens agents du Mossad, et surtout Oded Gur Arie. Le fils de l’espion au champagne a accepté de témoignerà une seule condition : que toutes les facettes de son père soient évoquées, « le bon, la brute et le truand », comme il dit.

DIMANCHE 26 OCTOBRE
AVIGNON, Cinéma Utopia
14 H - Rencontre littéraire avec Mathias Enard
Projection « The Champagne Spy » [L’Espion au champagne] documentaire de Nadav Shirman [Allemagne/Israël, 2006, 1 h 28]
Une collaboration cinéma Utopia/librairie La Mémoire du Monde

LUNDI 27 OCTOBRE, 19 H
AIX-EN-PROVENCE, Librairie Harmonia Mundi

réalisation : Laurence Fillon [espaceculture] / visuel original : Georges René