Hors jeu,
chez les Winners
les filles,
le foot et les ayatollahs
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De l’Iran et de sa révolution islamique, nous
connaissons certaines images : les foules
fanatiques qui scandent des slogans antioccidentaux
dans les rues de Téhéran, les
femmes ensevelies sous leurs tchadors, les
religieux lançant leurs fatwas... Images encore
envenimées par les rodomontades du président
Ahmadinejad et les négociations spécieuses
sur le nucléaire. Mais jusqu’à quel
point coïncident-elles avec la réalité du pays ?
S’il est un film qui brouille les idées reçues et
les certitudes, qui échappe à tout esprit de
propagande, c’est bien Hors jeu !
Encore plus que les autres films venus d’Iran
depuis dix ans, il nous montre un pays qui n’a
rien à voir ni avec les reportages des télévisions
occidentales, ni avec les propos des
théocrates au pouvoir.
Mais peut-être faut-il commencer par dire
qu’en dehors même de toute considération
socio-politique, Hors jeu est un film épatant,
qui offre ce formidable parfum de naturel, ce
funambulisme entre humour et émotion que
l’on trouvait jadis dans le néo-réalisme italien.
Responsable ? Jafar Panahi. Un surdoué :
Caméra d’or à Cannes pour son premier film,
Le Ballon blanc ; Lion d’or à Venise pour son
second, Le Cercle ; Prix Un Certain Regard,
encore à Cannes, pour le troisième, Sang et
or, et Ours d’argent à Berlin pour Hors jeu !
C’est en allant assister à un match que le
cinéaste a l’idée du film. En Iran, pays de « footeux » passionnés, les femmes sont interdites
de stade depuis la révolution islamiste de
1979. Or ce jour-là, Panahi remarque des adolescentes
qui, déguisées en garçons, tentent
de se faufiler dans la foule des supporters. Il
ne s’agit nullement de cas isolés, mais d’une
véritable « épidémie » que la fameuse police
des moeurs combat vigoureusement.
Le cinéaste imagine aussitôt un scénario très
proche de ce qu’il a vu. Ce qui se passe
pendant ces 90 minutes est particulièrement
savoureux. D’autant que Panahi a fait l’incroyable
pari de tourner « à chaud », avec une
poignée d’acteurs non professionnels, pendant
la fameuse rencontre Iran-Bahreïn du 8 juin
2005 qui a permis à l’Iran d’accéder pour la
première fois à la Coupe du monde.
Tranche de vie criante de vérité autant que
superbe métaphore sur la société iranienne,
Hors jeu est une charge narquoise contre la
bêtise, une ode à l’esprit de liberté, un grand
moment de cinéma. Peut-être est-ce la raison
pour laquelle il a été interdit en Iran. Et confiné à une sortie ultra-confidentielle en Occident.
À l’issue de la projection, Thierry Fabre s’entretiendra
avec Christian Bromberger, ethnologue,
directeur de l’Institut français de recherche
en Iran - IFRI. Il est l’auteur de Football.
La bagatelle la plus sérieuse du monde
[Pocket, 2004], réalisé à partir d’enquêtes
effectuées en France, en Italie et en Iran.
Une réflexion originale et inattendue sur
l’univers du football.

VENDREDI 31 OCTOBRE - MARSEILLE
Siège du club de supporters Les Winners
20 H 30 - Projection « Hors jeu »
film de Jafar Panahi avec des acteurs non
professionnels [Iran, 2006, VOST, 1 h 28 /
Ours d’argent au festival de Berlin, 2006]
Projection suivie d’une rencontre avec Thierry
Fabre & Christian Bromberger [professeur
d’ethnologie]
Une soirée proposée par espaceculture_Marseille,
en partenariat avec les Winners
[entrée libre]

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