Les Rencontres d'Averroès - 15ème édition - Entre Islam et Occident, la Méditerranée?
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Avant-première du film « Les Trois singes » Nuri Bilge Ceylan [Prix de la mise en scène, Festival de Cannes 2008]
• Jeudi 6 novembre à 20 h 30 • Marseille • Cinéma Les Variétés

En avant-première à Marseille
Les Trois singes
le nouveau film de Nuri Bilge Ceylan

Les Trois singes© Droits réservés

Une nuit, en revenant de réunion, Servet, un candidat à la députation, perd le contrôle de son véhicule et écrase un passant. Ce décès pouvant fortement le desservir dans la campagne électorale en cours, il appelle celui qui lui sert habituellement de chauffeur, Eyüp, et lui demande d’endosser l’accident en échange d’une forte somme d’argent.
de Simenon, le cinquième long-métrage de Nuri Bilge Ceylan. Mais les cinéphiles qui connaissent les films précédents du cinéaste turc [Uzak et Les Climats] savent qu’il ne faut guère compter sur lui pour donner dans le genre polar !

Ce qui l’intéresse ici, c’est de montrer la dévastatrice réaction en chaîne que produit ce mensonge initial sur la famille d’Eyüp. Pendant que celui-ci purge sa condamnation, sa femme Hacer et son fils Ismaël se retrouvent en effet à devoir faire face. Et bientôt, le fils, qui a besoin d’une voiture, convainc la mère d’aller voir Servet, et de lui demander une avance sur « le prix du silence ». Commence alors une nouvelle série de mensonges, de non-dits et de compromissions qui, loin de cesser avec le retour du père, redoublent au contraire jusqu’à l’irrémédiable. Car Eyüp, Hacer et Ismaël sont comme les trois singes de la fable chinoise : l’un ne veut pas voir, l’autre ne veut pas entendre, et le troisième ne veut pas dire. Le coeur du film est là, dans ce refus, ou cette incapacité,à affronter la vérité. « J’ai toujours été étonné d’observer la coexistence, au sein de l’âme humaine, du goût du pouvoir et de la capacité à pardonner, explique Nuri Bilge Ceylan. Le film aborde ce genre de situation en mettant en scène une intrigue chargée des relations complexes et violentes qui se développent entre les quatre personnages principaux…
Ce qui surprend le plus ici, c’est la déviation qui bouleverse tout l’ensemble, le chemin de traverse qui se sépare de la route principale ». Comme les films précédents de Bilge Ceylan, Les Trois singes est un film exigeant, qui recourt très peu aux dialogues, mais dont la mise en scène est magistrale [quasi hypnotique même]. « Ce qui fascine dans Les Trois singes, c’est d’abord comment le sentiment de culpabilité circule d’un personnageà l’autre, et ensuite comment des actions dictées a priori par une envie de générosité aboutissent à des effets inverses, inattendus et incontrôlables », écrivait la revue Positif au lendemain du Festival de Cannes, d’où le film est reparti avec le Prix de la mise en scène. Ajoutons qu’il semblait particulièrement intéressant, dans le cadre des Rencontres d’Averroès, de voir comment des thématiques très prégnantes dans la culture judéochrétienne - le mensonge, la faute, la culpabilité - étaient abordées par un cinéaste de culture musulmane.

JEUDI 6 NOVEMBRE
MARSEILLE, Cinéma Les Variétés
20 H 30 - Projection en avant-première « Les Trois singes » film de Nuri Bilge Ceylan, avec Yanuz Bingöl, Hatice Aslan, Ahmet Rifat
Sungar & Ercan Kesal [Turquie, 2008, 1 h 49 / Prix de la mise en scène, Festival de Cannes 2008]
Une soirée proposée par le cinéma Les Variétés & espaceculture_Marseille

réalisation : Laurence Fillon [espaceculture] / visuel original : Georges René