En avant-première à Marseille
Les Trois singes
le nouveau film
de Nuri Bilge Ceylan
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Une nuit, en revenant de réunion, Servet, un
candidat à la députation, perd le contrôle de
son véhicule et écrase un passant. Ce décès
pouvant fortement le desservir dans la
campagne électorale en cours, il appelle
celui qui lui sert habituellement de chauffeur,
Eyüp, et lui demande d’endosser l’accident
en échange d’une forte somme d’argent.
de Simenon, le cinquième long-métrage de
Nuri Bilge Ceylan. Mais les cinéphiles qui
connaissent les films précédents du cinéaste
turc [Uzak et Les Climats] savent qu’il ne faut
guère compter sur lui pour donner dans le
genre polar !
Ce qui l’intéresse ici, c’est de montrer la
dévastatrice réaction en chaîne que produit
ce mensonge initial sur la famille d’Eyüp.
Pendant que celui-ci purge sa condamnation,
sa femme Hacer et son fils Ismaël se retrouvent
en effet à devoir faire face. Et bientôt, le
fils, qui a besoin d’une voiture, convainc la
mère d’aller voir Servet, et de lui demander
une avance sur « le prix du silence ».
Commence alors une nouvelle série de mensonges,
de non-dits et de compromissions
qui, loin de cesser avec le retour du père,
redoublent au contraire jusqu’à l’irrémédiable.
Car Eyüp, Hacer et Ismaël sont comme
les trois singes de la fable chinoise : l’un ne
veut pas voir, l’autre ne veut pas entendre, et
le troisième ne veut pas dire. Le coeur du film
est là, dans ce refus, ou cette incapacité,à affronter la vérité. « J’ai toujours été étonné d’observer la coexistence, au sein de l’âme
humaine, du goût du pouvoir et de la capacité à pardonner, explique Nuri Bilge Ceylan. Le
film aborde ce genre de situation en mettant
en scène une intrigue chargée des relations
complexes et violentes qui se développent
entre les quatre personnages principaux…
Ce qui surprend le plus ici, c’est la déviation
qui bouleverse tout l’ensemble, le chemin de
traverse qui se sépare de la route principale ».
Comme les films précédents de Bilge Ceylan,
Les Trois singes est un film exigeant, qui
recourt très peu aux dialogues, mais dont la
mise en scène est magistrale [quasi hypnotique
même]. « Ce qui fascine dans Les Trois
singes, c’est d’abord comment le sentiment
de culpabilité circule d’un personnageà l’autre, et ensuite comment des actions
dictées a priori par une envie de générosité aboutissent à des effets inverses, inattendus
et incontrôlables », écrivait la revue Positif au
lendemain du Festival de Cannes, d’où le film
est reparti avec le Prix de la mise en scène.
Ajoutons qu’il semblait particulièrement intéressant,
dans le cadre des Rencontres
d’Averroès, de voir comment des thématiques
très prégnantes dans la culture judéochrétienne
- le mensonge, la faute, la culpabilité - étaient abordées par un cinéaste de
culture musulmane.

JEUDI 6 NOVEMBRE
MARSEILLE, Cinéma Les Variétés
20 H 30 - Projection en avant-première « Les Trois singes » film de Nuri Bilge Ceylan,
avec Yanuz Bingöl, Hatice Aslan, Ahmet Rifat
Sungar & Ercan Kesal [Turquie,
2008, 1 h 49 / Prix de la mise en scène,
Festival de Cannes 2008]
Une soirée proposée par le cinéma
Les Variétés & espaceculture_Marseille

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