Rencontres d’Averroès – 16e édition « La Méditerranée, figures du tragique »
Les tables rondes pour penser la Méditerranée des deux rives - 27 & 28 novembre 2009
Sous le signe d’Averroès - 30 octobre au 6 décembre 2009 - Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc, Vitrolles
Averroès junior - novembre 2009 à mars 2010 - Ressourcer les jeunes générations
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Sous le signe d’Averroès /  Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc / 30 octobre au 6 décembre 2009
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<< Le programme culturel
Darina Al-Joundi
Celle qui a dit : « Non »

Le jour ou Nina Simone a cessé de chanter
est un spectacle puissant et dérangeant. D’autant plus crédible qu’il est basé sur une histoire vraie. Mais derrière l’autobiographie d’une femme révoltée, cette oeuvre touche beaucoup plus universellement à notre indéfectible besoin de liberté.

Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter s’apparente à un véritable parcours initiatique. Douloureux, mais nécessaire. Darina Al-Joundi s’expose seule sur scène et nous entraîne dans un double chaos : le sien et celui de son pays, le Liban. Mais contrairement à Beyrouth, l’artiste, elle, a trouvé la voie de la reconstruction.
Le spectacle débute par une rupture fondamentale : la mort du père de l’héroïne. Avec cette disparition, ce sont aussi les rêves d’émancipation de la jeune femme qui s’évanouissent. Mais Noun refuse d’abdiquer. Elle jette sa vérité à la face du monde et nous oblige à la regarder. Les contradictions de la jeune femme résonnent douloureusement avec les incohérences d’une ville écartelée entre la modernité et l’obscurantisme. Les abus et les excès du personnage renvoient à une société qui explose et sombre dans la guerre. Comment ne pas devenir folle, dans un monde où la déraison règne en maître ? Et puis, elle a un double handicap : être femme dans le monde arabe et refuser de se soumettre aux dogmes. On essayera donc de la briser. Le combat est apparemment inégal. Pourtant, aujourd’hui, Darina Al-Joundi est plus en vie que jamais. Ce qui ne l’a pas détruite, l’a rendu plus forte...

Ce spectacle profondément humain est bien plus qu’un simple témoignage. Certes, l’histoire est vraie. Elle a d’abord été écrite par Darina Al-Joundi avec la complicité de Mohamed Kacimi. « Toute l’histoire du Liban contemporain concentrée en l’histoire d’une personne fidèle au rêve persistant d’un père journaliste et écrivain pour qui la liberté n’est pas négociable. Ce rêve va pourtant se fracasser sur la violence et la haine de la guerre civile ». Voilà pour le résumé. Mais bien au-delà de l’autobiographie et du contexte particulier, le texte nous confronte à l’aberration d’un système qui prétend rendre les gens heureux, alors même qu’il les empêche de s’épanouir. Comment ne pas se reconnaître (quelque part) dans ce portrait ?
Sans fausse pudeur Darina Al-Joundi a décidé de se mettre à nu. Mais elle a aussi su éviter l’exhibitionnisme. Son arme ? La sincérité. D’une voix à la fois posée et empreinte d’émotion, elle explique : « Les projets qui sont le fruit d’une expérience réelle touchent, sans doute, un plus grand nombre de personnes car ils émanent d’une vérité profonde. Mais écrire en puisant dans sa propre vie est un exercice très difficile. Il faut se détacher de sa propre histoire pour la faire partager ». Puis, le livre est devenu un spectacle. Le passage à la scène a permis de poursuivre ce travail de mise à distance qui rend l’émotion encore plus palpable. « Avec Alain Timar qui signe la mise en scène, nous n’avons absolument pas cherché à construire un psychodrame. Nous étions au contraire dans un rapport de détachement douloureux, mais nécessaire. Je devais m’extirper d’une relation personnelle pour tendre à quelque chose de plus universel ».

Si ce spectacle nous touche autant, c’est bien parce qu’il ne triche pas. Noun apparaît avec sa fragilité, ses faiblesses et ses doutes. « Je ne voulais pas jouer à la victime. Je n’aime pas ce statut. C’est sans doute ce qui rend le projet plus humain. Je n’ai pas non plus voulu maquiller, embellir mon personnage, ou le dispenser de toute responsabilité vis-à-vis de ce qu’il vit. Je ne cherche ni la sympathie ni la compassion, mais une juste distance qui rend l’histoire encore plus dure ».

Pourtant, ce spectacle n’est ni désespéré ni désespérant. Le cri de rage est aussi un cri d’espoir. Darina Al-Joundi, par sa seule présence et par ses mots ébranle des murs que, par ailleurs, on juge indestructibles. « Le manque de communication entre les êtres humains entraîne ce chaos. Il n’y a plus de contact, juste les préjugés de chacun. La question ne concerne pas uniquement un pays ou les relations entre le Nord et le Sud, elle se pose beaucoup plus globalement à l’échelle de la planète. Comment arrêter cette catastrophe généralisée et essayer de regarder le monde avec les yeux de l’autre ? Quand allons-nous commencer à chercher à connaître, à comprendre, l’Autre ? Cette envie d’aller vers l’Autre, je ne la trouve nulle part ». Où puiser la force pour faire ce pas ? « J’ai essayé de regarder dans la folie et croyezmoi sur ce terrain-là, nous nous ressemblons tous. Alors peut-être devrions-nous être un peu plus fous dans nos vies ? En tout cas, essayer de se détacher des règles, des traditions et des jugements que l’on porte les uns sur les autres. Vouloir regarder le monde avec les yeux de l’Autre correspond peut être à un rêve poétique… Mais c’est ce que j’ai essayé de faire passer dans ce spectacle ». Si nous sommes capables d’imaginer ce rêve et même de le vivre sur une scène de théâtre, il reste donc à notre portée.

Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter©D.R.

• MARSI 10 NOVEMBRE À 20H30 • ARLES• Chapelle du Méjan
Spectacle
Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter,
suivi d’une rencontre avec Darina Al-Joundi
Une programmation de l’UPOP’Arles, Actes Sud, Association du Méjan, ATP, Espaceculture_Marseille, avec le soutien de la Ville d’Arles
TARIFS : 5 € À 15 €
Réservation, Association Le Méjan
04 90 49 56 78

* Le Jour où Nina Simone
a cessé de chanter

de Darina Al-Joundi & Mohamed Kacimi, avec Darina Al-Joundi
Mise en scène & scénographie : Alain Timar
Lumière & son : Hugues Lechevrel
Costumes : Marie-Hélène Bouvet
*Livre paru aux Éditions Actes Sud, 2008

production & organisation : Espaceculture / réalisation : Novasud / visuel original : Georges René