En 1959, Jules Dassin annonce le tournage
d’un film intitulé Jamais le dimanche.
Aussitôt, on pense qu’il s’agit d’un nouveau
polar, un de ces polars secs et nerveux qui
ont fait sa notoriété à la fin des années 40.
Le réalisateur américain a en effet marqué le
genre avec Les Bas-fonds de Frisco, La Cité
sans voiles, et surtout Les Forbans de la nuit,
qui reste aujourd’hui encore un superbe et
vénéneux diamant noir.
Par la suite, quand le maccarthysme l’a
obligé à fuir les Etats-Unis pour l’Europe,
Dassin a continué dans la même veine
(Du rififi chez les hommes). Il a par ailleurs
adapté des romans qui ne sont pas particulièrement
gais (La loi d’après Roger Vaillant, Celui qui doit mourir d’après Kazantzakis).
Bref, quand il met en chantier Jamais le
dimanche, personne n’imagine qu’il en
sortira une comédie. Seulement voilà,
quelques mois plus tôt, ce grand pessimiste
a rencontré une femme. Et sa vie et son
cinéma s’en trouvent littéralement ensoleillés.
Il faut dire que cette femme n’est autre
que Mélina Mercouri !
A travers Jamais le dimanche Jules Dassin
évoque à l’évidence le profond changement
qui s’est opéré en lui à la suite de cette rencontre.
Car le personnage d’Homère – qu’il
interprète avec une bonne dose d’auto dérision – lui ressemble beaucoup ! C’est un
intello américain, bardé de tout un savoir
livresque, perdu dans les grands concepts,
un tantinet coincé, qui vient chercher en
Europe des réponses définitives à ses
grandes interrogations métaphysiques. Sur
son chemin, il trouve une femme solaire, Il y a,
parfaite incarnation de la sensualité et de
l’épicurisme méditerranéens… Et prostituée
fort heureuse de sa condition ! (Ce qui, pour
Homère, relève de l’inconcevable) Qui des
deux réformera l’autre ? C’est ce que découvriront
les spectateurs avec beaucoup de
plaisir !
« Mais, se demanderont certains, pourquoi
diable avoir inclus ce film dans une programmation
dédiée à la tragédie ? » Parce qu’il y
a tout à fait sa place ! Homère et Ilya sont
en effet deux grands amateurs de tragédies
antiques. Il les a toutes lues. Elle ne rate
jamais une représentation. Simplement, ils
n’en font pas la même interprétation. Celle
d’Homère ne surprendra personne. En
revanche, celle d’Ilya est, disons, assez
décoiffante ! Il faut vraiment découvrir sa
version de Médée (et accessoirement l’entendre
chanter Les Enfants du Pirée) chez les
Winners le 18 novembre ! Tant pis si Euripide
semblera soudain manquer d’imagination ! |

• MERCREDI 18 NOVEMBRE À 20H30 • MARSEILLE • Club de supporters les winners
Projection de Jamais le dimanche
de Jules Dassin, avec Melina Mercouri
[Grèce, 1960, 1 h 31]
Suivie d’un débat avec Didier Pralon et Thierry Fabre
ENTRÉE LIBRE

|