Quand le choix de la thématique Averroès 2009
a été arrêté, l’idée de consacrer une ou plusieurs
soirées à l’art flamenco est aussitôt apparue
incontournable. Mais il fallait éviter l’écueil de
l’espagnolade, toujours prompte, avec ses
joliesses, à se substituer au cante jondo, le chant
profond, le cri tragique et brut.
Ce qu’il importait de montrer, en fait, c’est qu’on
ne fait pas du flamenco : on est flamenco !
Partout. Tout le temps. Jusque dans la façon de
demander un verre ou de proposer une cigarette.
C’est une manière d’être ; un mode à la fois
intense et ironique de vivre les choses, la joie,
l’allégresse aussi bien que le drame. De
Terremoto de Jerez à Camaron de la Isla, de
Carmen Amaya à Agujetas, de la Niña de Los
Peines à Caracol, il ne manque pas de danseurs,
de cantaores, ou de musiciens pour incarner, avec
une confondante beauté, cette manière d’être au
monde. Mais il n’y a, jusqu’à présent, qu’un seul
homme qui se soit exprimé ainsi par le truchement
d’une caméra. Et cet homme, c’est Tony Gatlif.
Né en 1938 dans la banlieue d’Alger au sein d’une
famille de Gitans andalous, longtemps illettré, à
demi-voyou au cours de sa jeunesse vadrouilleuse,
Gatlif hérite sa passion pour le cinéma d’un
de ses rares passages sur les bancs de l’école,
grâce à la cinéphilie contagieuse d’un vieil instituteur.
Il fait d’abord l’acteur, mais, très vite, c’est la
mise en scène qui le passionne. Depuis 1978,
année où il réalise son premier court-métrage, il
ne s’est jamais arrêté.
Flamenco jusqu’à la moelle, il peut lui arriver de
rater complètement un film, mais quand il a le
duende (l’état de grâce), il est vraiment inspiré !
Et il ne l’est jamais autant que quand il célèbre
son peuple, celui des Roms et des Gitans. Pour
preuve : Latcho drom, Gadjo dilo, et ce Vengo qu’il
a tourné en 2000, en Andalousie.
Comme dans l’opéra classique, l’histoire – celle
d’un chef de clan qui, en plus d’être rongé par la
mort accidentelle de sa fille, doit assumer une
vendetta – est surtout un support pour exalter
la douloureuse beauté du chant (et de la danse).
Il s’agit de porter le flamenco à incandescence.
« Vengo, c’est d’abord un cri, un chant, un hymne
à la vie, à l’amour, au deuil, au pacte du sang. Un
hymne à la Méditerranée » dit d’ailleurs Tony
Gatlif. Qui a fait appel à des artistes qu’il admire,
le guitariste Tomatito et le danseur Antonio
Canales « chevalier à la triste figure » à qui il a confié le rôle principal (mais qu’il ne fait pas
danser !). Il a par ailleurs composé lui-même
l’essentiel de la bande sonore. Elle scande la
montée dramatique de cette histoire digne d’une
tragédie antique. Presque à chaque plan, l’âpreté
du chant monte des entrailles pour dire les blessures
de l’âme et annoncer l’heure du sacrifice. Cante jondo, tragedia gitana…

Le samedi 21 novembre, en prélude à la
projection de Vengo à l’Alhambra, le public
pourra assister à un mini-concert
de Flamenco Joven. Regroupés autour du
charismatique Luis, ces six jeunes musiciens
et chanteurs sont tous de l’Estaque, où l’on
peut parfois les entendre, jouant pour leur
plaisir, sur la place Raphel.
Bien sûr, comme le veut la tradition gitane,
ils ont « tété le flamenco au biberon », en
écoutant et en imitant les aînés. Et s’il leur
arrive de faire des concerts plus dansants,
pour cette soirée particulière, ils revisiteront
le répertoire classique. A découvrir !

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© D.R.

• JEUDI 19 NOVEMBRE À 20H • Carry-le-Rouet •
Cinéma espace Fernadel
Projection de Vengo de Tony Gatlif
[Espagne, Allemagne, Japon, France - 2000 - 1 h 38]
Ours d’Argent au Festival de Berlin en 2001
En présence de Jacques Maigne, journaliste
indépendant et documentariste, est l'auteur de
plusieurs livres sur l'univers méditerranéen du
flamenco, des gitans, des taureaux d'Andalousie.
Il a collaboré également à l'adaptation des
scénarios des films de Tony Gatlif, avec qui
il a suivi le tournage de Vengo.
Suivie d’un débat avec Jacques Maigne

• SAMEDI 21 NOVEMBRE A 17h30 • Marseille•
Alhambra Cinémarseille
Projection de Vengo
précédée d’un concert de Flamenco Joven

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