Maïssa Bey est née en 1950. La tragédie algérienne,
elle l’a vécue dans sa chair puisque son
père instituteur est mort pendant la guerre d’indépendance.
Dès son plus jeune âge, elle trouve refuge dans la littérature et se retrouve confrontée
à un paradoxe : son père fut tué en se battant
contre les Français, dont elle adorait la culture.
Elle a donc décidé d’écrire dans cette langue,
car dit-elle, « il est bien plus réaliste de (la) considérer
comme un acquis, un bien précieux, et peut être
même un « butin de guerre » ainsi que
la définissait Kateb Yacine ».
Elle fut ensuite confrontée aux années de terreur
que connut l’Algérie dans les années 90. Dans ses
romans (Au commencement était la mer, Cette
fille-là, L’Une et l’autre…) et nouvelles (Nouvelles
d’Algérie, Sous le Jasmin la nuit…), l’écrivaine
mêle l’Histoire, l’autobiographie et la mémoire
collective comme pour une tentative d’exorcisme
de la violence qui déchire son pays. Elle est aussi
consciente de la responsabilité de faire résonner
sa voix dans le silence et les conditions imposées
aux femmes. En outre, elle est l’auteure d’un livre
de réflexion sur Albert Camus : L’Ombre d’un homme
qui marche au soleil.
La rencontre avec Marie-Sophie Doudet concernera
certainement la figure de ce penseur dont le
destin autant que l’oeuvre furent tragiques. « Nous
allons sûrement converger sur des centres d’intérêts
qui nous sont communs », pense d’ailleurs
l’universitaire. Elle a publié chez Gallimard des
commentaires de l’écrivain marocain Driss
Chraïbi, de La Chute et des Justes. Autant de
points d’accroche pour aborder le destin tragique
de la Méditerranée. « Camus a été déchiré par ce
qui est arrivé en Algérie et il a été très lucide sur
la situation. Ces textes continuent d’éclairer notre
actualité ». Dans quelques unes de ses plus belles
pages, la splendeur des paysages méditerranéens
contraste avec l’omniprésence de la mort. « La
tragédie correspond à la capacité de transformer
une situation d’horreur en poème. La violence
nous émeut parce qu’on arrive à la sublimer.
Grâce au verbe l’indicible devient alors un chant ».
Maïssa Bey pense sans doute aussi que la seule
réponse à la bestialité absurde réside dans la
fulgurance de l’art. |
© Patrick Box/Hop

• JEUDI 19 NOVEMBRE À 18H • Aix en Provence • IEP
Rencontre avec Maïssa Bey
et Marie-Sophie Doudet
animée par Daniel van Eeuwen.
Une proposition de l’IEP en collaboration
avec la librairie Harmonia Mundi et Espaceculture.
ENTRÉE LIBRE

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