Diderot lui a certes consacré un article de
l’Encyclopédie, et Leconte de Lisle un de ses Poèmes antiques, mais, avouons-le, l’existence
d’Hypatie d’Alexandrie n’était connue, jusqu’à
présent, que des seuls érudits ! Or voilà que cette
philosophe et mathématicienne de la fin du IVe
siècle sort des limbes de l’Histoire ! Et qu’elle
éveille chez les chercheurs comme chez les
artistes un intérêt grandissant. Raison de cet
engouement ? Une personnalité hors du commun,
alliée à une funeste destinée !
Non contente d’être la seule femme versée dans
les sciences exactes de toute l’Antiquité, Hypatie
fut aussi – et surtout – un modèle de hardiesse
intellectuelle, une conquérante de la liberté de
pensée. Et elle en est morte. Sauvagement assassinée
par des Chrétiens fanatiques au motif
qu’elle était impie, et montait les autorités politiques
contre la nouvelle religion et ses représentants.
Attesté par des documents historiques, mais suffisamment
imprécis pour permettre une multitude d’interprétations et de transpositions, ce destin
tragique, ce crime contre l’intelligence, prend
aujourd’hui – avec la montée des intégrismes, le
retour du conservatisme, et le lien équivoque
entre le religieux et le politique – une résonance
très actuelle. Les féministes y voient un symbole,
les historiens et les philosophes un objet
d’études, et les écrivains un sujet d’inspiration.
Hugo Pratt agit en pionnier quand il la fait apparaître,
en 1979, dans la 25e aventure de Corto
Maltese [Fable de Venise]. Depuis la fin des années
90, on la retrouve partout ! Olivier Gaudefroy la
prend comme personnage récurrent de ses polars
situés dans l’Antiquité tardive. L’Egyptien Yousouf
Zaydan vient d’axer autour d’elle son roman Azazil, Prix de la meilleure fiction arabe 2009.
Quant au gréco-canadien Pan Bouyoucas, il en
fait, en 1999, l’héroïne d’une tragédie intitulée Hypatie ou la mémoire des hommes *.
* Hypatie ou la mémoire des hommes
de Pan Bouyoucas du 19 janvier au 6 février 2010
au Théâtre Gyptis, Marseille
Mise en scène : Andonis Vouyoucas |
© Bik & Book - Photo Robert Bilbil
La pièce sera mise en scène en janvier au
Théâtre Gyptis de Marseille par Andonis
Vouyoucas qui a tenu à la monter précisément
parce qu’« elle pose la question de l’intolérance
religieuse et de ses conséquences. »
Elle est en effet construite sur l’hypothèse
qu’en 395, ce sont les Chrétiens qui ont
incendié la Bibliothèque d’Alexandrie, causant
la destruction de milliers de volumes et la
mort du conservateur, Théon, le père d’Hypatie.
L’héroïne, fidèle à l’enseignement paternel,
n’a de cesse que de vouloir préserver la pluralité
de la pensée, retranscrivant ce que la
mémoire a pu sauver des cendres. Envers et
contre toutes les croyances qui s’affrontent,
la Bibliothèque rouvre donc 25 ans plus tard
et – terrible défaite de la pensée – brûle à
nouveau.
On est, bien sûr, très curieux de découvrir ce
personnage que le cinéma vient également
d’annexer. Alejandro Amenabar, le réalisateur
de Tesis, d’Ouvre les yeux, et des Autres,
a fait d’Hypatie l’héroïne de son nouveau film, Agora. Et sous les traits de Rachel Weisz, elle
parle parfaitement anglais !

• SAMEDI 21 NOVEMBRE À 15H • Marseille •
Théâtre Gyptis
Rencontre et lectures autour de la création
« Hypatie ou la mémoire des hommes »
avec Gilles Dorival [professeur de langue
et littérature grecques à l’Université d’Aix-
Marseille 1, membre de l’Institut Universitaire
de France],
Didier Pralon & Andonis Vouyoucas [metteur en scène].
Intermèdes musicaux
par Muriel Oger Tomao [soprano].
Une programmation du Théâtre Gyptis
ENTRÉE LIBRE
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