C’est plus particulièrement autour de la journée
du 22 novembre que le partenariat se concrétise.
Réalisés à 15 ans d’écart, les films proposés ce
jour-là – Le Cantique des pierres et Paradise now –
reflètent en effet parfaitement le tragique de la
situation palestinienne. Ils portent non seulement
la marque du moment qui les a vus naître, la
première Intifada pour l’un, la seconde pour l’autre,
mais permettent aussi de mesurer – expression
horrible, mais exacte – l’évolution du désespoir
palestinien.
Leurs auteurs respectifs sont des cinéastes de
talent, Michel Khleifi et Hany Abu-Assad, qui ont
sensiblement le même parcours. Nés tous deux à
Nazareth, ils se sont exilés en Europe du Nord
(Belgique pour Khleifi, Hollande pour Abu-Assad)
afin de pouvoir produire et réaliser les films qui
leur tenaient à coeur.
Tourné en 1989, pendant l’un des moments les
plus durs de la première Intifada, Le Cantique des
pierres oscille entre fiction et documentaire,
métaphore poétique et rigueur. Car tout en se
voulant témoin de la situation, Michel Khleifi ne
se satisfait pas d’une chronique d’actualité. Il
imagine l’histoire d’un couple que les événements
séparent puis réunissent (avant que de se retrouver
au coeur de « la guerre de pierres », elle, la
Galiléenne, s’est exilée aux Etats-Unis, tandis que
lui, le Cisjordanien, a été arrêté et condamné à
une lourde peine par les Israéliens). Ce faisant, il
plonge dans l’histoire, montre les origines de ce
soulèvement, échappe à la langue de bois et
réussit, comme il le souhaitait, à « inscrire la fin
du rôle historique et politique d’une génération et
le début d’une autre histoire ».
L’autre histoire, ce pourrait être justement celle de
Paradise now, qui se résume ainsi : les dernières
heures de deux jeunes de Naplouse, envoyés en
mission kamikaze en Israël. Hany Abu-Assad a
tourné ce brûlot en 2005. C’est la première fois
que le thème des attentats-suicides est abordé au cinéma. « Mais, insiste Amir Harel, le coproducteur
(israélien) du film, à aucun moment le film ne
justifie, d’un point de vue moral ou politique, de
tels actes. Il ne fait que montrer que c’est un des
prix à payer pour cette tragédie appelée conflit
israélo-palestinien. Et on y comprend aussi que
cette violence n’a rien de culturel ou de naturel »
Inconfortable pour les Israéliens, le film l’est tout
autant pour les extrémistes palestiniens. Car il
n’hésite pas à montrer le grotesque du rituel terroriste.
Le « testament des martyrs » n’est qu’un
texte écrit à l’avance, ânonné par les futurs kamikazes,
et filmé par une caméra qui s’enraye ! Et
que dire du discours des « responsables » qui certifient,
la main sur le coeur, que les corps ainsi
sacrifiés seront recueillis par des anges et
conduits au paradis ! « Unité de temps, de lieu,
d’action, résumait Pierre Murat dans Télérama, on
est au coeur d’une tragédie contemporaine où de
pauvres mortels, joués par des dieux aussi cruels
que ceux de l’Antiquité, meurent pour rien, sans
avoir accompli grand-chose. Ne suscitant que le
chagrin et la pitié. »

Antoine Héberlé, chef-opérateur de choc
Le chef-opérateur de Paradise now, Antoine
Héberlé, sera le 22 novembre à la Ciotat pour
raconter comment s’est déroulé le tournage
du film, en pleine Intifada. Un tournage
plusieurs fois suspendu en raison des
combats, déserté par l’essentiel de l’équipe
technique (européenne), et qui n’est allé à
son terme que grâce à la ténacité, et au
courage, de quelques-uns.
Heureusement pour lui, Antoine Héberlé ne
travaille pas toujours dans des conditions
aussi périlleuses ! Il a notamment éclairé
tous les films de Laetitia Masson et d’Alain
Guiraudie. Il a aussi beaucoup collaboré avec
des cinéastes du sud : le Marocain Faouzi
Bensaïdi (Mille mois), la Libanaise Danielle
Arbid (Aux frontières), les Israéliens Etgar
Keret & Shira Geffen (Les Méduses). Il a
récemment signé la photo de Rio, ligne 174
et de Mademoiselle Chambon.

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©D.R.

• Dimanche 22 NOVEMBRE À 18H • La Ciotat•
Cinéma Lumière
Mois du film Palestinien
Projection de Paradise now de Hany Abu-Assad
[Palestine, France, Allemagne, 2005, 1 h 25]
et Le Cantique des pierres de Michel Khleifi
[Palestine, Belgique, 1990, 1 h 46]
Invité : Antoine Héberlé, chef-opérateur du film Paradise now

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