« Bruno Etienne a écrit en neuf ans près de
200 pages dans La pensée de midi, rappelle
Thierry Fabre. Nous ne pouvions pas faire
moins que de sortir un numéro spécial pour lui
rendre hommage. Et il me semblait indispensable
de conjuguer cette publication avec un
événement public. Ce moment de débat, de
témoignages, de présentation d’extraits de
films et de documentaires sonores sera fidèle
à l’esprit du personnage, c’est-à-dire, autant
que faire se peut, solaire et joyeux ». Bruno
Etienne était bien plus qu’un homme
complexe, extrêmement généreux et attachant
pour les uns, irritant pour les autres. Ce
chercheur a très concrètement contribué à
une meilleure compréhension du monde méditerranéen
contemporain. Il est considéré
comme un pionnier de la recherche pluridisciplinaire
sur le phénomène religieux. « Il a
fondé l’Observatoire du religieux, à l’IEP d’Aix-en-
Provence, explique encore Thierry Fabre. Il
fut le premier à penser l’islamisme radical en
tant que phénomène politique. Il a également
réfléchi, avec une très grande profondeur
d’esprit, aux enjeux de mémoire, notamment
dans les relations entre l’Algérie et la France.
Ses livres sur Abd el-Kader 2 en sont une des
illustrations magistrales. C’était un grand
lecteur et un grand épistémologue. Sa culture
philosophique et sociologique était impressionnante,
même si certains lui reprochaient
de ne pas fréquenter assez les auteurs de la
science politique américaine. Il avait choisi
d’autres cheminements ».
Cet homme à l’écoute du monde et grand
voyageur était pourtant profondément
enraciné. Et, il fut aussi, à sa façon, une
figure de la culture provençale. « Il n’a jamais
perdu son accent légendaire. Et ce n’était
nullement pour faire couleur locale, mais
parce qu’il se sentait l’héritier de cette
culture. Mais comme les troubadours de jadis,
dans un rapport lié à l’universel et à l’héritage
andalou, judéo-arabe ».
Le personnage était entier et ne laissait
personne indifférent. On lui reprochait parfois
d’en faire un peu trop et de donner dans la
provocation. « Bruno Etienne était obsédé par
le besoin de comprendre. Il refusait le consensus
et les fausses évidences. Il se saisissait
toujours des questions dérangeantes, y
compris par son art de la provocation. Cette
posture était aussi pour lui un moyen d’attirer
l’attention sur des questions que personne ne
voulait aborder. Rétrospectivement, il est
évident qu’il a éclairé quelques chemins
majeurs. Il suffit de lire son autobiographie
intellectuelle, Une Grenade entrouverte3, pour
s’en rendre compte ».
De toute évidence, sa lucidité avait de quoi
déranger. Mais, il persévérait, préférant
toujours la vérité douloureuse au mensonge
confortable. N’écrivait-il pas dans Une Grenade
entrouverte : « L’amnésie et l’amnistie permettent
à toutes les collectivités de vivre ensemble.
Il ne faut donc pas les déranger avec la vérité
scientifique : l’intellectuel est bien le travailleur
qui s’occupe de ce qui le regarde et que les
autres, qui le payent, accusent de s’occuper de
ce qui ne le regarde pas » ?
1. Bruno Etienne, Sur les chemins de la pensée de midi...
Numéro hors série - La pensée de midi / Actes Sud,
novembre 2009
2. Abd el-Kader, (Hachette ; 1994) et Abd el-Kader
le Magnanime (Gallimard ; 2003)
3. Une Grenade entrouverte (Ed. de l’aube ; 1999) |

• JEUDI 26 NOVEMBRE À 17 H • Marseille • Salon d’honneur Hôtel de Région
Rencontre & témoignages « Rendez-vous avec Bruno Etienne »
Une initiative de la Région PACA en collaboration
avec la revue La pensée de midi, l’association
des Amis de Bruno Etienne et l’INA
ENTRÉE LIBRE
dans la limite des places disponibles
(réservation par mail protocole@regionpaca.fr)

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