« Nous avons accueilli Ghassan Zaqtan une
première fois, en 1999, pour une lecture, se
souvient Emmanuel Ponsart, le directeur du cipM.
Il est revenu pour une résidence d’écriture de trois
mois à la fin de l’année 2006. C’est dans ce cadre
qu’il a écrit Suppléments au passé ». Le livre,
traduit en français par Jean-Charles Depaule et
Lotfi Nia, vient d’être publié par le cipM dans la
collection « Le Refuge ». Fin 2008, Ghassan Zaqtan
a également participé, avec deux autres poètes
palestiniens (Zuhair Abu Shayeb et Basheer
Shalash), à un atelier de traduction de leurs oeuvres
en français. Ils ont travaillé avec Jean Daive,
Jean-Charles Depaule et Jérôme Mauche. Ces
derniers iront prochainement à Ramallah pour, à
leur tour, être traduits en arabe. « Ce travail donne
toujours lieu à une publication bilingue. Mais,
outre l’intérêt du résultat de la traduction collective
et de sa publication, ces échanges permettent
aussi aux poètes d’appréhender une autre ville, un
autre pays, une autre culture. La plupart collaborant
par ailleurs à des revues ou à des maisons
d’édition, ces échanges se poursuivent souvent
ensuite sous d’autres formes ».
Le retour incomplet
Bien que profondément enraciné en Palestine,
Ghassan Zaqtan a donc traversé d’autres territoires,
autant géographiques que spirituels et
intellectuels. En outre, il a du quitter son pays et
cet exil forcé a aussi nourri les poèmes qui composent
Suppléments au passé. Une fois rentré
chez lui, il a bien été obligé de confronter ses
rêves à la réalité. Il a du prendre acte du décalage
entre ce que sa mémoire mettait en jeu et ce que
lui offrait le présent. L’écart ne pourra jamais être
comblé. « Je suis en quelque sorte en retour
incomplet dans un lieu incomplet », déclarait
récemment le poète 1. De même, Ghassan Zaqtan
pose un regard lucide et sans concession sur les
idéaux parfois écrasants des générations précédentes.
Ce qui a changé, semble-t-il, ce n’est pas
la détermination des poètes palestiniens à
défendre leur terre, c’est la manière de le dire à
partir de leurs histoires personnelles, individuelles.
« La nouvelle génération, dans son écriture, est en
même temps plus proche du quotidien, avec moins
de « grandes idées » et de « phrases sacrées ».
Les jeunes auteurs sont plus proches du réel.
Auteurs, et auteures car cette génération compte
de nombreuses jeunes femmes, en particulier
dans la bande de Gaza, comme Hala Shruf et bien
d’autres. Leur écriture se veut libre. Elle traite de
l’occupation, mais aussi des traditions de leur
communauté » 2.
Son dernier livre que le cipM nous propose
d’entendre s’inscrit dans cette volonté de rester
au plus près du réel tout en le transcendant.
La lecture de Suppléments au passé sera bilingue,
arabe/français. La voix de Ghassan Zaqtan croisera
celle de l’un de ses traducteurs Jean-Charles
Depaule.
1. - 2. Entretien publié le 3 janvier 2008, sur le site de Pour la
Palestine : http://www.france-palestine.org/ |
© Jean-Marc de Samie
Ghassan Zaqtan est né en 1954, à Beit Jala
près de Bethlehem. Après avoir connu l’exil
en Jordanie, en Syrie et en Tunisie, il vit
aujourd’hui à Ramallah, en Palestine. Auteur
de nombreux recueils de poésie, dont Early
morning (1980), Old reasons (1982), Light sky (1992), Coal chronology (2003), il a aussi écrit
un roman, Describing the past (publié en
Jordanie en 1995), et des scripts pour des
films documentaires. Ses oeuvres ont été
traduites en français, anglais, portugais,
espagnol, chinois, norvégien et italien.
Ghassan Zaqtan est le cofondateur
et directeur de la Maison des Poètes à
Ramallah. Il s’est également investi dans
la création de plusieurs revues culturelles et
littéraires, en tant qu’éditeur ou rédacteur en
chef : Al-Bayader (1990-1994), Al-Masharef (1995-1998), puis Al-Shou’ara (1998-2003).

• VENDREDI 30 OCTOBRE À 19 H • Marseille • cipM
Lecture bilingue arabe/français par l’auteur
Ghassan Zaqtan et l’un de ses traducteurs
Jean-Charles Depaule de Suppléments au passé,
éditions du cipM, octobre 2009.
ENTRÉE LIBRE
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