Rencontres d’Averroès – 16e édition « La Méditerranée, figures du tragique »
Les tables rondes pour penser la Méditerranée des deux rives - 27 & 28 novembre 2009
Sous le signe d’Averroès - 30 octobre au 6 décembre 2009 - Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc, Vitrolles
Averroès junior - novembre 2009 à mars 2010 - Ressourcer les jeunes générations
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Sous le signe d’Averroès /  Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc / 30 octobre au 6 décembre 2009
Sous le signe d’Averroès - 30 octobre au 6 décembre 2009 - Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc, Vitrolles

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À Vitrolles
Les mots de la Ville

Guédiguian face à la ville dévoreuse d'hommes

« La Ville est Tranquille »« La Ville est Tranquille », © AGAT Films & Cie

C’est la troisième fois que Vitrolles se place « sous le signe d’Averroès ». Et pour cette nouvelle participation, les deux structures porteuses du projet (les médiathèques et le cinéma les Lumières) ont souhaité que le thème 2009 - les figures du tragique - soit abordé à travers le prisme de la ville, de ses mots et de ses maux.
Jean-Charles Depaule et Frédéric Valabrègue se chargeront, en tant qu’auteurs, d’évoquer les mots de la ville (pour reprendre un titre de Depaule justement !) Quant aux maux, on les verra à l’oeuvre dans La ville est tranquille, de Robert Guédiguian.
Ce choix de Guédiguian ne surprendra que ceux qui en sont restés à Marius et Jeannette. Car c’est bien le tragique qui domine sa filmographie. Dès son premier long-métrage, Dernier été, l’Estaquéen a repris à son compte les éléments constitutifs du genre : le personnage central que l’on sait d’emblée condamné par le Destin (en l’occurrence Gérard Meylan), et la mise en scène lyrique de sa course vers la mort. La ville est tranquille nourrit d’ailleurs un lien très profond avec ce film originel puisque dans une séquence particulièrement tragique (jouée, là encore, par Meylan) le cinéaste utilise un extrait de Dernier été en guise de flash-back ! Comme pour signifier que les deux personnages pourraient n’en faire qu’un. La ville est tranquille va cependant beaucoup plus loin dans la noirceur. Car la tragédie n’y frappe plus un seul individu, mais la collectivité toute entière. « Le désordre du monde » qu’évoque Didier Pralon (cf. p. 2) est ici à son comble, réduisant la ville à une juxtaposition d’échecs amers et de solitudes atomisées. On connaît les convictions de gauche et altermondialistes de Robert Guédiguian. L’origine qu’il donne à ce « désordre du monde » est donc sans ambiguïté. Le Fatum, c’est le conditionnement social ! Mais tout en restant ancré dans une ville et dans une époque, le film se hisse au niveau des tragédies universelles et intemporelles. La construction utilisée y est pour beaucoup ; cette construction chorale, élaborée jadis par le romancier John Dos Passos pour décrire, dans Manhattan Transfer, une autre mégalopole dévoreuse d’hommes, et ensuite magistralement acclimatée à l’écran par Altman. Il faut également s’arrêter sur le personnage interprété par Ariane Ascaride, qui combine les traits de la « cagole » marseillaise et ceux de Falconetti dans la Jeanne d’Arc de Dreyer, pour aboutir à cette Mère archaïque, dont la fonction nourricière se trouve tragiquement dévoyée.
Ce film, qui est peut-être bien le plus abouti du cinéaste, sera présenté à Vitrolles par le scénariste attitré du cinéaste, Jean-Louis Milési, et par son acteur-fétiche, Gérard Meylan. Double raison pour ne pas rater cette séance !

Le point aveugle des villes

La ville se construit aussi sur un imaginaire
qui peut se révéler tragique. Or justement, Frédéric Valabrègue et Jean-Charles Depaule, chacun dans des registres très différents, démontent la mécanique des tragédies urbaines qui opèrent toujours à l’insu et aux dépends des individus.
Jean-Charles Depaule, à la fois chercheur et auteur, anthropologue et poète, présentera à l’occasion de cette rencontre son dernier ouvrage, Le Trésor des mots de la ville, qui vient de paraître aux éditions Robert Laffont. Ce grand spécialiste du monde arabe explore les territoires et les rythmes quotidiens de la ville méditerranéenne. « Il existe des aires plus « favorables » que d’autres à la circulation : la Méditerranée l’est tout particulièrement (…) Elle représente un terrain fertile pour, non seulement comparer des lexiques, mais pour étudier les contacts d’usage qui s’y produisent et leurs effets dans les langues riveraines ». Jean-Charles Depaule a donc travaillé sur les mots qui qualifient ou disqualifient ces cités. Les classifications des territoires ne font pas qu’identifier des morceaux d’espace. Elles concernent aussi des groupes humains et ce faisant déclinent des hiérarchies. Banlieue, bidonville, ghetto, slum, taudis... Souvent, un mot désignant un espace urbain qualifie en même temps les populations auxquelles on l’associe, en leur assignant une identité comme concentrée en un vocable. Directe ou biaisée, brutale ou euphémisée, la stigmatisation urbaine concerne alors des lieux marqués par la pauvreté et la dégradation.
Les mots circulent ainsi de quartiers en quartiers, de villes en villes. Ils témoignent des tensions et des violences, mais aussi des échanges et des phénomènes d’acculturation incessants. Car, foyers d’innovations, les cités sont en même temps des conservatoires, notamment pour des langues minoritaires.
Ainsi, Frédéric Valabrègue, romancier, poète, critique d’art marseillais, puise son inspiration dans le parler populaire de sa ville natale. « J’ai choisi le vernaculaire, l’idiosyncrasie d’un patois intraduisible fait de latinismes et de débris de langue d’oc. J’ai joué le local contre le mondial, comme dernière chance de ce grand mot qu’est l’universel. Je recueille et reconstruis une langue de caniveau où scintille un peu de fer blanc, non pas à des fins sociolinguistiques, mais pour le plaisir de la singularité ». Frédéric Valabrègue est particulièrement attentif aux failles, aux disjonctions du langage. Un déplacement du sens qui rend son écriture particulièrement insaisissable, donc vivante. Il crée ainsi des formes de micro tragédie intime dans lesquelles chacun de nous peut se reconnaître. À lire, chez P.O.L Les Mauvestis (2005), Asthme ou La Ville sans nom.

• SAMEDI 31 OCTOBRE • Vitrolles • CENTRE CULTUREL GEORGES SAND
16 H Rencontre littéraire avec Jean-Charles Depaule et Frédéric Valabrègue animée par Véronique Vassiliou.

• SAMEDI 31 OCTOBRE • Vitrolles • CINÉMA LES LUMIÈRES
18 H Débat « Les mots, la ville & le tragique » avec Jean-Charles Depaule, Gérard Meylan et Frédéric Valabrègue.
21 H Projection de « La Ville est tranquille » de Robert Guédiguian, en présence de Jean-Louis Milesi, coauteur du scénario.

production & organisation : Espaceculture / réalisation : Novasud / visuel original : Georges René