Entre 1958 et 1961, Pierre Bourdieu séjourne pour
la deuxième fois en Algérie. Le sociologue
français avait découvert ce pays en 1955, en
venant y faire son service militaire.
C’est dans ce
contexte de guerre civile qu’il commence à
élaborer son système de pensée et pose les
premiers jalons de son approche conceptuelle du
monde social. Habité par la volonté de capter la
complexité de la réalité, il décide de prendre des
photographies. Après les avoir utilisées comme
supports d’étude, il les met dans un carton. Elles y
resteront quarante ans jusqu’à ce qu’un centre
d’art autrichien dédié à la photographie, Camera
Austria et la Fondation Pierre Bourdieu les sortent
de l’oubli. Une exposition, Pierre Bourdieu. Images
d’Algérie. Une affinité élective, accompagnée
d’une publication voit ainsi le jour en 2003. Ces
150 photographies vont être montrées pour la
première fois à Marseille dans le cadre des
Rencontres à l’échelle. Elles représentent un
témoignage de ce qui se jouait alors en Algérie.
Car, le sociologue adopte déjà un point de vue
résolument à hauteur humaine. L’acte photographique
est pour lui un outil, « une façon d’essayer
et d’affronter le choc d’une réalité écrasante »,
écrira-t-il plus tard. Et de toute évidence, il est
déjà sensible à la « misère du monde ». Pour
preuve, ces photographies de chômeurs des
bidonvilles, de journaliers et autres marchands
ambulants, anciens ruraux en quête d’un moyen
de subsistance. En Kabylie, ses images montrent
la condition faite aux « regroupés », des villageois
chassés de chez eux par les autorités coloniales,
et parqués dans des camps tracés au cordeau.
Une organisation porteuse de « violence symbolique
». Le sociologue capte avec une rare acuité
les bouleversements que ce déracinement
entraîne. Pour questionner la place de la photographie
dans la pratique professionnelle de
Bourdieu, les Bancs Publics et les Ateliers de
l’image proposent toute une série de rencontres
autour de cette exposition et des multiples questions
qu’elle soulève. Des actions de médiation
sont organisées notamment en direction des
publics jeunes et scolaires. Un débat en partenariat
avec l’Ecole Nationale Supérieure de la
Photographie d’Arles permettra d’envisager la
dimension esthétique de ce travail sociologique.
Un autre traitera de la vision de Bourdieu sur
l’Algérie et de la manière dont sa pensée a été
reçue de part et d’autre de la Méditerranée.

RENCONTRES / DÉBATS
Vendredi 13 novembre à 16 h, au Mucem
« Pierre Bourdieu, une pratique de la
photographie »
En présence de Christine Frisinghelli
(Camera Austria), Johann Defer (École
Normale Supérieure), Geoffroy Mathieu
(photographe), Christian Milovanoff
(photographe et enseignant à l’ENSP)
et Érick Gudimard (Les Ateliers de l’Image),
en partenariat avec l’ENSP d’Arles
Samedi 21 novembre à 15 h, au Mucem
« Algérie 60 : histoire, mémoire »
En présence de Franz Schultheis (Fondation
Pierre Bourdieu). Animée par Hanafi Chabbi
(adjoint au directeur de l’ACSÉ PACA),
avec Kamel Chachoua (sociologue,
spécialiste en sociologie et anthopologie
politique et morale de l’Algérie),
Fabienne le Houerou (historienne, spécialiste
de l’image et du cinéma scientifique),
Said Belguidoum (sociologue), en partenariat
avec l’ACSÉ

Des Rencontres
à l’Echelle
posées
entre Marseille
et Alger
Les Bancs Publics lieu d’expérimentations
culturelles organisent chaque année les
Rencontres à l’Echelle, un festival contemporain
et pluridisciplinaire. Cette année deux
événements présentés dans le cadre de
cette manifestation, seront également placés
« sous le signe d’Averroès » : une exposition,
au Mucem, de photos réalisées en Algérie
par Pierre Bourdieu à la fin des années 50 et
une lecture suivie d’un débat sur la circulation
des oeuvres littéraires entre les deux
rives de la Méditerranée.
Ce n’est pas par opportunisme que ce lieu
dédié à l’expérimentation et aux émergences
artistiques a croisé le chemin d’Averroès. Au
contraire, la relation repose sur une véritable
communauté d’esprit. Car l’Echelle construite
par les Bancs Publics est elle aussi posée
entre les deux rives de la Méditerranée.
L’événement vient en effet rendre visible un
travail engagé, depuis 2006, entre cette
structure et le milieu culturel algérois. Partis
mener leur enquête à Alger dans le cadre de
leur création théâtrale, Guillaume Quiquerez
et Julie Kretzschmar, les deux directeurs
artistiques des Bancs Publics, ont établi des
contacts avec des artistes et des personnalités
du milieu culturel à Alger. De ces rencontres
est né le projet d’une double manifestation
entre Marseille et Alger fondée sur les principes
d’échange et de réciprocité.
Ainsi, la prochaine édition des Rencontres
à l’Echelle proposera exposition, rencontre
littéraire, projections et projets croisés de
spectacle vivant entre des artistes algériens
et des artistes marseillais. Le lien avec
les manifestations placées « sous le signe
d’Averroès » était donc inévitable. « La relation
s’est construite très pragmatiquement à partir
des projets, explique Julie Kretzschmar. Il y
avait une évidence à proposer à Thierry
Fabre et à Espaceculture de coorganiser l’exposition
Pierre Bourdieu : Images d’Algérie, que
nous préparons depuis plusieurs mois avec les
Ateliers de l’Image. Ils nous ont ainsi grandement
facilité l’accès au Mucem. Et nous
avons aussi discuté de nos désirs communs.
Nous nous sommes vite retrouvés autour des
mêmes noms. C’est ainsi que s’est montée la
rencontre autour de la littérature algérienne
». Entre la volonté des Bancs Publics
d’accompagner l’oeuvre de l’auteur Mustapha
Benfodil et le souci incessant des Rencontres
d’Averroès d’être à l’écoute des expressions
artistiques émanant de l’autre rive, il existe
en effet de sérieux points de convergence.
Résultat une soirée pour faire entendre cette
oeuvre, mais également pour réfléchir aux
conditions de sa diffusion, de sa circulation.
A une mise en lecture d’Archéologie du chaos
(amoureux) par Julie Kretzschmar répondra
donc un débat « Entre Alger et Marseille,
comment faire passer le mot ? ».
Une rencontre avec Sofiane Hadjadj (directeur
des éditions Barzakh) et plusieurs éditeurs
de la région. |
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« Sans titre »
© Pierre Bourdieu
Fondation Pierre Bourdieu, Saint-Gall, Suisse
Camera Austria, Graz, Autriche.
« Blida »
© Pierre Bourdieu
Fondation Pierre Bourdieu, Saint-Gall, Suisse
Camera Austria, Graz, Autriche.

• DU 5 NOVEMBRE AU 6 DÉCEMBRE • Marseille •
Mucem
Exposition Images d’Algérie : Pierre Bourdieu,
un photographe de circonstance
Vernissage mercredi 4 novembre à 18H
Du mercredi au dimanche de 13 h à 18 h
Visites de groupes et scolaires sur rendez-vous,
visites accompagnées tous les mercredis
à 16 h 30 : Les Ateliers de l’image
04 91 90 46 76 / www.ateliers-image.fr
Exposition présentée dans le cadre des Rencontres à l’Échelle 2009,
par les Bancs publics et Les Ateliers de l’image
en coproduction avec Espaceculture_Marseille
et Marseille Provence 2013.
Avec le soutien de l’ACSÉ PACA
(Agence nationale pour la cohésion sociale
et l’égalité des chances) et en collaboration
avec Camera Austria, La Question des images
et l’École Nationale Supérieure de Photographie
d’Arles. En partenariat avec le Mucem.
ENTRÉE LIBRE
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