Rencontres d’Averroès – 16e édition « La Méditerranée, figures du tragique »
Les tables rondes pour penser la Méditerranée des deux rives - 27 & 28 novembre 2009
Sous le signe d’Averroès - 30 octobre au 6 décembre 2009 - Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc, Vitrolles
Averroès junior - novembre 2009 à mars 2010 - Ressourcer les jeunes générations
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Sous le signe d’Averroès /  Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc / 30 octobre au 6 décembre 2009
Sous le signe d’Averroès - 30 octobre au 6 décembre 2009 - Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc, Vitrolles

<< Le programme culturel
Lecture/rencontre
Pour entendre la littérature algérienne

Entendre l’un des auteurs algériens les plus décapants du moment et ensuite débattre de la nécessité de développer les réseaux de diffusion des oeuvres qui permettent aux écrits de circuler entre les deux rives de la Méditerranée : tel est l’enjeu de la soirée proposée conjointement par les Rencontres à l’Echelle, Espaceculture et la bibliothèque départementale, à Marseille. Après une lecture de Archéologie du chaos (amoureux) de Mustapha Benfodil, une table ronde réunira Barzakh, maison d’édition algérienne particulièrement dynamique et des éditeurs qui, ici, participent à la circulation des écrits produits de l’autre côté de la Méditerranée.

Mustapha Benfodil, 41 ans, vit et travaille à Alger. Reporter pour le quotidien d’information El Watan, il mène parallèlement une carrière d’écrivain et de dramaturge. Il est l’un de ces auteurs qui participent à l’indispensable travail de renouvellement de la langue algérienne. Il revendique une « Pop’ littérature », nerveuse et frénétique, dans laquelle chaque roman serait conçu comme un « attentat sémantique ». Dans le cadre des Rencontres à l’échelle, les Bancs Publics nous proposent d’entendre un montage d’extraits de son roman, Archéologie du chaos (amoureux) qui sera mis en lecture par Julie Kretzschmar. Mustapha Benfodil écrit en français. Mais il crée un déplacement sémantique passionnant. C’est à la fois la même et une autre langue. Esthétiquement autant que politiquement une telle posture soulève énormément de questions ». Les textes de Mustapha Benfodil ont justement cette force intrinsèque qui leur permet de plonger le lecteur dans une relation inédite au monde. L’Algérie surgit devant nous comme une entité charnelle et on s’en saisit en acceptant le corps à corps. Ainsi dans Archéologie du chaos (amoureux), l’auteur subvertit complètement toute approche rationnelle et linéaire et s’emploie à « déconstruire l’ordre narratif national ». Pour signifier cette confusion et malgré tout tenter de lui donner un sens, le texte prolifère et se déploie en croisant les modes de narration. Dans ce roman à tiroirs et labyrinthique se mêlent allègrement différents strates et registres de langage, et de multiples références socioculturelles, mythologiques et bibliques… Cette oeuvre de toutes les pulsions, autant politiques, sociales que sexuelles, appelle bien à la révolution, mais cette dernière ne saurait être idéologique. C’est une affaire de sensation, de chair et de corps qui se jettent dans le réel. « Et j’ai nagé ma mère comme j’ai pu, apprenant à nager même dans la gadoue et les coulées boueuses du Réel ». Le Chaos est bien là. Pour l’amour, Mustapha Benfodil a un peu plus de doute. Mais, il n’a rien d’un fataliste. Il est persuadé que l’humour est plus dévastateur que les bombes : « Où trouver une Révolution prête-àpéter à cette heure-ci ? Il est déjà minuit passé d’une longue panne de sommeil…».
Et puisque l’auteur travaille la langue au corps, il est tout à fait compréhensible que l’équipe des des Bancs Publics ait été séduite par ce matériau. Sharmila Naudou, Eric Houzelot et Thomas Gonzalez mettront donc en jeu les multiples « je » qui émaillent ce texte.

Entre Alger et Marseille, comment faire passer le mot ?

Si, le temps d’une lecture, la langue de Mustapha Benfodil sortira de l’espace du livre, ce dernier reste le support premier pour qu’une oeuvre circule. Or, la situation de l’édition est particulièrement préoccupante en Algérie. Un débat entre Barzakh (l’éditeur entre autres de Mustapha Benfodil) et des éditeurs de la région permettra d’insister sur la nécessité de développer des formes de coopération – notamment à travers la question de la traduction – pour renforcer un secteur de plus en plus fragilisé par la mondialisation.
En Algérie, rares sont les maisons d’éditions qui, comme Barzakh, prennent le risque d’accompagner des auteurs contemporains. L’audience de ces derniers est très restreinte sur le plan national et, à fortiori, l’international. La faible visibilité de cette langue, d’ailleurs souvent francophone, apparaît comme l’un des symptômes de la difficulté pour ce pays à se construire sur une identité à la fois enracinée et ouverte aux autres.
Pourtant, le catalogue que les éditions Barzakh ont construit en quelques années, prouve, à qui en douterait encore, que l’Algérie est loin d’être muette.
Fondées en avril 2000 à Alger, par Selma Hellal et Sofiane Hadjadj, les éditions Barzakh se sont tout d’abord consacrées à la seule littérature. Leur credo : donner à entendre la voix de jeunes auteurs, arabophones ou francophones. Au fil des années, le succès et les difficultés, aidant ils ont élargi leur catalogue à des essais historiques, des études et biographies littéraires, et aux beaux livres. Très tôt également, ils ont développé des partenariats avec des maisons d’éditions françaises, dont les Éditions de l’Aube, du Bec en l’Air et Actes Sud. Ainsi, le roman d’Arezki Mellal, Maintenant, ils peuvent venir (2000), a été repris par les éditions Actes Sud en 2002. De même, Cinq fragments du désert de Rachid Boudjedra (2001), a été repris par les Éditions de l’Aube en 2002. Les derniers romans de Maïssa Bey, ainsi que celui de Nourredine Saadi parus de façon concomitante chez Barzakh et aux Éditions de l’Aube sont emblématiques du partenariat que les deux maisons tentent de forger. Enfin, le compagnonnage avec les Éditions du Bec en l’Air explore de son côté l’association image/texte, dans des livres conçus à deux, fusion effective d’univers. Mais Barzakh a également croisé la route de Thierry Fabre, de La pensée de midi et des Rencontres d’Averroès. La maison d’édition a même été l’un des coordinateurs d’une « réplique » algéroise des Rencontres d’Averroès de Marseille1. Autant dire que Barzakh est particulièrement dynamique dans un contexte pour le moins difficile. Déjà en 2001, dans la revue La pensée de midi2, Selma Hellal dressait un tableau très sombre de la situation de l’édition littéraire algérienne et dénonçait pêle-mêle : « l’absence de politique du livre, les méthodes rigides d’enseignement, la cherté des livres, la dévalorisation de la fonction, l’attrait a priori d’un lectorat ayant un fort pouvoir d’achat pour les livres publiés ailleurs (en France) et le sourd mépris témoigné vis-à-vis de la production locale ».
La circulation des écrits en dehors des frontières doit donc aussi permettre un renforcement de la diffusion à l’intérieur même de la société algérienne. Ce sera, sans aucun doute, l’un des enjeux du débat entre Sofiane Hadjadj (directeur des éditions Barzakh), et plusieurs éditeurs de la région. Ils évoqueront les expériences de coopération passées et les perspectives à venir, et ce dans un marché mondial de plus en plus destructuré.

1. Ces Rencontres Ibn Rochd, ont eu lieu en juin 2006, à la Bibliothèque Nationale d’Algérie
2. La pensée de midi – Alger – Numéro 4 – Printemps 2001

Mustapha Benfodil©D.R.

Sofiane Hadjadj©D.R.

• VENDREDI 6 NOVEMBRE À 18 H • Marseille • Bibliothèque départementale Gaston Defferre - ABD
Lecture « Archéologie du chaos (amoureux) » de Mustapha Benfodil lu par Sharmila Naudou, Eric Houzelot et Thomas Gonzalez
Suivie d’une rencontre Entre Alger et Marseille, comment faire passer le mot ?
Avec Sofiane Hadjadj (éditions Barzakh), [éditions Le Bec en l’Air], Florence Pazzottu [poète], Fabienne Pavia et Mustapha Benfodil
Une collaboration Les Rencontres à l’Echelle, Espaceculture_Marseille, la Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rône
ENTRÉE LIBRE

production & organisation : Espaceculture / réalisation : Novasud / visuel original : Georges René