Voilà longtemps que les Rencontres d’Averroès et le Festival des Cinémas d’Afrique d’Apt
souhaitaient établir des relations. Le lien se fait tout naturellement cette année grâce au film
présenté en ouverture du Festival, qui n’est autre que le tragique Gare centrale.
Tournée en 1958 par Youssef Chahine, Gare centrale est une oeuvre qui, dans l’abondante filmographie
du cinéaste égyptien, tient une place à part. A la fois par l’audace de son sujet (la pulsion
sexuelle en est, si l’on peut dire, la matière première) et par son aspect visuel, d’une brutale
beauté.
Quand il décide de faire ce film, Chahine a 32 ans. Il a déjà signé une dizaine d’oeuvrettes sympathiques,
mélos ou comédies musicales, et rien, ni dans ses films, ni dans le reste de la production
égyptienne, n’annonce ce qu’il entreprend. Bien sûr, parallèlement au cinéma de divertissement, il
existe alors un courant néoréaliste qui s’intéresse au destin du petit peuple, qui en montre les
souffrances et la dignité. Et à certains égards, Gare centrale se rattache à cette école. Notamment
par le milieu qu’il dépeint, ce monde de gueux et de gagne-petit qui gravite autour de la gare
centrale du Caire. Mais quel film néoréaliste oserait prendre pour héros un semi-clochard boiteux,
frustré au point d’en devenir fou et dangereux ? Or tel est Kenaoui, le héros de l’histoire, interprété
par Chahine lui-même. Le réalisateur n’a pas craint d’avouer qu’en écrivant cette histoire
avec le scénariste Abdel Hay Adib, il avait cherché, sur le mode psychanalytique, un exutoire à ses
propres obsessions sexuelles. Il faut dire qu’avec Hind Rostom, il a trouvé la comédienne idéale
pour déclencher des fantasmes incontrôlés ! (Un an plus tôt, il avait déjà dirigé cette « bombe »
dans une joyeuse comédie intitulée Tu es mon amour.)
Refusant à la fois la complaisance graveleuse et l’attitude moralisatrice, ce portrait d’un esprit
malade bouleverse, émeut, et justifierait à lui seul la légendaire réputation du film. Mais il y a
plus dans Gare centrale ! Il y a cette ville du Caire, et cette gare, son coeur battant, qui pulse un
incessant mouvement d’hommes et de machines. Et il y a aussi, à côté de la déraison de Kenaoui,
la conscience sociale d’Abou Serib, le portefaix qui veut monter un syndicat. Un film majeur en
somme, que les cinéphiles ne devront pas rater : outre qu’il n’en existe aucune édition vidéo, les
projections sont, en raison du manque de copies, vraiment rarissimes. |

• VENDREDI 6 NOVEMBRE À 18H • APT • Cinéma César
Festival des cinémas d'Afrique du Pays d'Apt
Soirée d'ouverture
Projection du film Gare Centrale de Youssef Chahine
[Egypte, 1958, N&B, 1 h 30]

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