Rencontres d’Averroès – 16e édition « La Méditerranée, figures du tragique »
Les tables rondes pour penser la Méditerranée des deux rives - 27 & 28 novembre 2009
Sous le signe d’Averroès - 30 octobre au 6 décembre 2009 - Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc, Vitrolles
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Sous le signe d’Averroès /  Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc / 30 octobre au 6 décembre 2009
Sous le signe d’Averroès - 30 octobre au 6 décembre 2009 - Marseille, Aix-en-Provence, Apt, Arles, Carry-le-Rouet, La Ciotat, La Garde, Martigues, Port-de-Bouc, Vitrolles

<< Le programme culturel
Pasolini,
le plus grand tragique du XXe siècle

Dès que s’est esquissée la programmation « sous le signe d’Averroès » 2009, le nom de Pasolini est constamment revenu dans les propositions de l’équipe organisatrice comme des structures partenaires. Chacun tenait pour évident que, dans cette édition consacrée aux figures du tragique en Méditerranée, il devait occuper une place particulière… Au final, pas moins de trois soirées lui sont consacrées !
C’est le cinéma Le Rocher, à La Garde, qui ouvre le 8 novembre avec le bouleversant Mamma Roma.
Deux jours plus tard, le 10 novembre, à Marseille, les Instants Vidéo 2009 proposent, dans le cadre de leur partenariat avec les Rencontres, une soirée complète autour du poète-cinéaste à la Friche La Belle de Mai. Elle s’ouvrira avec la projection de Carnet de notes pour une Orestie africaine, dont on redécouvre aujourd’hui l’importance. Lui succèdera un autre essai cinématographique, Et maintenant la 4e partie de la trilogie commence, dans lequel la vidéaste Barbara Bouley-Franchitti interroge les rapports de Pasolini à la tragédie grecque. En conclusion, une table ronde doit réunir la réalisatrice et Pierre Judet de la Combe [philologue, traducteur d’Eschyle].
Dernière escale pasolinienne : le 20 novembre à Port-de-Bouc. Là, c’est un de ses meilleurs exégètes, Hervé Joubert-Laurencin, qui vient commenter son oeuvre à la médiathèque, avant de présenter OEdipe roi au cinéma Le Méliès.
Trois rendez-vous pour vérifier que Pasolini est bien le plus grand tragique du XXe siècle.

Mamma Roma© D. R.

La Garde : Mamma Roma
Le jour où Carmine, son souteneur, se marie avec une jeune paysanne, Mamma Roma, prostituée vieillissante, pense qu’elle va enfin réaliser son rêve : vivre d’un travail respectable, en compagnie de son fils Ettore, adolescent taciturne qui a grandi loin d’elle, en pension. Elle quitte son vieux logement pour un quartier en construction à la périphérie romaine et s’installe comme vendeuse des quatre saisons…
Dans Le Monde, Jacques Siclier commentait le film ainsi : « Mamma Roma est admirable, on ne le dira jamais assez, il faudrait le crier ! C'est un film de hantise, de fièvre, de tragédie et de rage. Accompagnée de longs mouvements de caméra, la Magnani se raconte et délire comme une prophétesse, maudissant un univers social implacable. Déchirée par son amour maternel et l'injustice du monde, elle suit les étapes du calvaire d'Ettore : la prison et l'infirmerie psychiatrique. Et la musique de Vivaldi accompagne ce calvaire, comme pour éviter qu'on se laisse aller aux larmes, car c'est de colère qu'il s'agit. Film sublime. »

Port-de-Bouc : OEdipe Roi
Dans un prologue clairement autobiographique, situé au début du XXe siècle, on voit le bonheur d’un nouveau-né jouant avec sa mère jusqu’à l'irruption du père jaloux en uniforme militaire.
Le film reprend ensuite la trame de la pièce éponyme de Sophocle jusqu’à un épilogue additionnel où, de nos jours, on voit un aveugle [joué, comme OEdipe, par Franco Citti] guidé par un jeune garçon à travers les rues de Bologne. « La mise en scène pasolinienne met le spectateur en état de fascination devant de somptueuses compositions vivantes à mi-chemin du théâtre et du pictural, la voix des personnages à mi-chemin de la logorrhée et du cri, le jeu des acteurs à mi-chemin de la marionnette et de l'emphase, les situations à michemin du burlesque et d'un lyrisme baroque », note le critique Laurent Devanne avant de conclure : « Pasolini invente un langage qui trouvera son apogée avec Théorème l'année suivante. »

Marseille : Carnet de notes pour une Orestie africaine
Commencé alors que Pasolini n’a pas encore terminé Médée, Carnet de notes pour une Orestie africaine est une oeuvre très particulière. Comme son titre l’indique, il s’agit de « notes » prises à la caméra, en Afrique, entre 1968 et 1970, en vue d’une adaptation, dans l’Afrique contemporaine, de l’Orestie d’Eschyle. Le cinéaste note aussi, toujours avec sa caméra, les réactions d’étudiants africains de l’université de Rome face à ces images ramenées de leur pays. Comme, au bout du compte, cette Orestie africaine ne verra jamais le jour, reste ce « carnet de notes », dont Pasolini achève le montage en 1973. « De diverses façons, du free-jazz déchaîné de Gato Barbieri pour exprimer la douleur d’Electre à la reconstitution anthropologique d’une cérémonie des morts à la Jean Rouch, en passant par des images d’archives de la guerre du Biafra, PPP livre en soixante-dix minutes d’un beau noir et blanc, un film d’une richesse stupéfiante, plus beau et plus émouvant peut-être que ce que la fiction aurait pu offrir » écrit J.B. Morian dans les Inrockuptibles.

Pasolini© D. R.

Et aussi :
Et maintenant la 4e partie de la trilogie commence
Pourquoi Pasolini était-il hanté par la trilogie d’Eschyle, écrite en 458 avant J.C. ? Est-ce parce que cette oeuvre fondatrice interroge la démocratie des origines et le point de rupture entre une société archaïque et une société moderne ? Ou parce que tous les héros de l’Orestie, les Dieux comme les humains, sont des personnages symboliques qui obligent les metteurs en scène à exprimer une idéologie, à se positionner sur la réalité politique de leur temps ? C’est pour aller au bout de ce questionnement, pour décoder la réalité d’aujourd’hui hors du filtre imposé par les médias, que la réalisatrice Barbara Bouley-Franchitti entreprend un voyage initiatique en Italie, en France et en Grèce. Au travers des rencontres qu’elle fait, des interviews qu’elle réalise, des extraits de films de Pasolini qu’elle insère, elle ne met pas seulement en exergue le lien entre théâtre antique et politique. A la suite de Pasolini, elle interroge les conséquences, pour les sociétés occidentales, de la disparition des Furies.

Trois questions à Hervé Joubert-Laurencin
[Propos recueillis par J. Baumberger]

Professeur d’études cinématographiques à l’Université d’Amiens, Hervé Joubert- Laurencin se consacre à l’oeuvre de Pasolini depuis plus de vingt ans. Il a notamment écrit deux essais, Pasolini, portrait du poète en cinéaste et Le dernier poète expressionniste. Il a par ailleurs traduit en français et édité ses Ecrits sur le cinéma, ses Ecrits sur la peinture, et, plus récemment, ses chroniques politiques [Contre la télévision et autres textes sur la politique et la société ], son théâtre de jeunesse – dont OEdipe à l’aube – et un recueil de poèmes demeuré jusqu’ici inédits, Le Dada du sonnet.
Il répond à quelques questions, en prélude à la soirée Pasolini qu’il présentera à Port-de-Bouc.

A-t-on raison de lier intimement Pasolini et tragique ?
Sans aucun doute. Mais comme toutes les évidences, celle-ci peut tourner à l’idée reçue ! Il ne me paraît pas très pertinent de lier le destin malheureux de cet homme et de sa famille avec l’aspect dramatique de son oeuvre. En revanche, il est incontestable que la tragédie grecque occupe, dans son oeuvre, une place centrale. Elle est véritablement constitutive de l’univers pasolinien.

Pasolini a repris à son compte les figures d’OEdipe, de Médée et d’Oreste. Quel lien établissez-vous entre sa vision et ces mythes tels que nous les ont transmis Sophocle, Euripide et Eschyle ?
Il en a la connaissance qu’on pouvait en avoir à l’époque lorsqu’on avait fait ses humanités. Mais, chez lui, cela va bien au-delà. Il veut véritablement affilier son chant à la tragédie grecque. Il défend ainsi ardemment un théâtre de la parole, quitte à passer pour anachronique [la mode étant alors au théâtre de gestes].
Il faut aussi parler d’une expérience qui l’occupe entre 1959 et 1960 et qui, à mon sens, laisse sa marque sur ses deux premiers films, Accatone et Mamma Roma. Il s’agit d’une nouvelle traduction de l’Orestie – traduction qui reste d’ailleurs la plus utilisée sur les scènes italiennes – que lui commandent l’acteur Vittorio Gassman et le Teatro Popolare Italiano.
Or, c’est précisément pendant cette même période qu’il écrit et réalise Accatone, puis Mamma Roma. Et il me paraît évident qu’il fait ces deux films avec les mots d’Eschyle à l’esprit ! Il puise dans la tragédie grecque un antidote au néoréalisme, qui est, lui, d’essence mélodramatique.

Et OEdipe roi ?
Pasolini avait déjà abordé le mythe oedipien dans sa toute première pièce, OEdipe à l’aube, écrite à 20 ans (et restée inédite, quoique très belle, jusqu’à aujourd’hui). Il y revient vingt-cinq ans plus tard, en 1967, par le truchement du cinéma, et cela donne OEdipe Roi. L’entreprise est assez étonnante, typique des années 1960. Il s’inspire de la pièce de Sophocle, il en respecte le texte ; mais il l’entoure d’éléments empruntés à d’autres cultures, ce qu’accentue encore un tournage dans le désert marocain. Il ajoute aussi un prologue qui convoque sa propre enfance et un épilogue qu’il situe dans la Bologne de 1967. Le film n’apparaît pas comme un palimpseste où se superposent et se confondent l’influence grecque, la lecture de Freud, des éléments de son histoire personnelle, des réflexions sur le pouvoir, et des images influencées par ses voyages en Afrique et en Orient. C’est un film sur l’éclatement des temps, l’effacement de la chronologie, car tuer le père, c’est aussi tuer l’origine.

• DIMANCHE 8 NOVEMBRE À 18 H 30 • La Garde • Cinéma Le Rocher
Projection du film Mamma Roma de Pier Paolo Pasolini, avec Anna Magnani, Ettore Garofolo, Franco Citti [Italie, 1962, 1 h 50], suivie d’une rencontre avec Jeanne Baumberger [journaliste cinéma] & Thierry Fabre [créateur des Rencontres d’Averroès].
En partenariat avec le Cinéma Le Rocher et la librairie Gaïa

• MARDI 10 NOVEMBRE À 19 H • Marseille • Friche Belle de Mai - La Cartonnerie
Autour de Pasolini et de Carnet de note pour une Orestie africaine, projection et table ronde avec Barbara Bouley-Franchitti [réalisatrice de Et maintenant la 4e partie de la trilogie commence], Pierre Judet de la Combe [philologue, traducteur d’Eschyle], & Jean-Paul Curnier [philosophe], animée par Marc Mercier [directeur des Instants vidéo]
Une soirée proposée par les Instants vidéo [www.instantsvideo.com], en partenariat avec Espaceculture_Marseille à l’occasion de la 22e édition du festival international d’art vidéo « Rencontres Poétroniques »

• VENDREDI 20 NOVEMBRE • Port-De-Bouc
• Médiathèque
18 H 30

Rencontre
avec Hervé Joubert-Laurencin professeur de cinéma à l’Université de Picardie
• cinéma Le Meliès
21 H Projection du film OEdipe Roi de Pier Paolo Pasolini, avec Franco Citti, Silvana Mangano & Alida Valli [Italie, 1967, 1 h 44] En présence de Hervé Joubert-Laurencin.
Une soirée proposée par la Médiathèque Boris Vian, le cinéma Le Méliès et la librairie l’Alinéa

production & organisation : Espaceculture / réalisation : Novasud / visuel original : Georges René