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La Garde : Mamma Roma
Le jour où Carmine, son souteneur, se marie avec
une jeune paysanne, Mamma Roma, prostituée
vieillissante, pense qu’elle va enfin réaliser son
rêve : vivre d’un travail respectable, en compagnie
de son fils Ettore, adolescent taciturne qui a
grandi loin d’elle, en pension. Elle quitte son vieux
logement pour un quartier en construction à la
périphérie romaine et s’installe comme vendeuse
des quatre saisons…
Dans Le Monde, Jacques Siclier commentait le
film ainsi : « Mamma Roma est admirable, on ne
le dira jamais assez, il faudrait le crier ! C'est un
film de hantise, de fièvre, de tragédie et de rage.
Accompagnée de longs mouvements de caméra,
la Magnani se raconte et délire comme une prophétesse,
maudissant un univers social implacable.
Déchirée par son amour maternel et l'injustice du
monde, elle suit les étapes du calvaire d'Ettore : la
prison et l'infirmerie psychiatrique. Et la musique
de Vivaldi accompagne ce calvaire, comme pour
éviter qu'on se laisse aller aux larmes, car c'est de
colère qu'il s'agit. Film sublime. »
Port-de-Bouc : OEdipe Roi
Dans un prologue clairement autobiographique,
situé au début du XXe siècle, on voit le bonheur
d’un nouveau-né jouant avec sa mère jusqu’à
l'irruption du père jaloux en uniforme militaire.
Le film reprend ensuite la trame de la pièce
éponyme de Sophocle jusqu’à un épilogue additionnel
où, de nos jours, on voit un aveugle [joué,
comme OEdipe, par Franco Citti] guidé par un jeune
garçon à travers les rues de Bologne. « La mise en
scène pasolinienne met le spectateur en état de
fascination devant de somptueuses compositions
vivantes à mi-chemin du théâtre et du pictural, la
voix des personnages à mi-chemin de la logorrhée
et du cri, le jeu des acteurs à mi-chemin de la
marionnette et de l'emphase, les situations à michemin
du burlesque et d'un lyrisme baroque », note le critique Laurent Devanne avant de conclure :
« Pasolini invente un langage qui trouvera son
apogée avec Théorème l'année suivante. »
Marseille : Carnet de notes pour
une Orestie africaine
Commencé alors que Pasolini n’a pas encore
terminé Médée, Carnet de notes pour une Orestie
africaine est une oeuvre très particulière. Comme
son titre l’indique, il s’agit de « notes » prises à la
caméra, en Afrique, entre 1968 et 1970, en vue
d’une adaptation, dans l’Afrique contemporaine,
de l’Orestie d’Eschyle. Le cinéaste note aussi,
toujours avec sa caméra, les réactions d’étudiants
africains de l’université de Rome face à ces
images ramenées de leur pays. Comme, au bout
du compte, cette Orestie africaine ne verra jamais
le jour, reste ce « carnet de notes », dont Pasolini
achève le montage en 1973. « De diverses façons,
du free-jazz déchaîné de Gato Barbieri pour
exprimer la douleur d’Electre à la reconstitution
anthropologique d’une cérémonie des morts à la
Jean Rouch, en passant par des images d’archives
de la guerre du Biafra, PPP livre en soixante-dix
minutes d’un beau noir et blanc, un film d’une
richesse stupéfiante, plus beau et plus émouvant
peut-être que ce que la fiction aurait pu offrir »
écrit J.B. Morian dans les Inrockuptibles.
© D. R.
Et aussi :
Et maintenant la 4e partie
de la trilogie commence
Pourquoi Pasolini était-il hanté par la trilogie
d’Eschyle, écrite en 458 avant J.C. ? Est-ce parce
que cette oeuvre fondatrice interroge la démocratie
des origines et le point de rupture entre une
société archaïque et une société moderne ? Ou
parce que tous les héros de l’Orestie, les Dieux
comme les humains, sont des personnages symboliques
qui obligent les metteurs en scène à
exprimer une idéologie, à se positionner sur la
réalité politique de leur temps ? C’est pour aller
au bout de ce questionnement, pour décoder la
réalité d’aujourd’hui hors du filtre imposé par
les médias, que la réalisatrice Barbara Bouley-Franchitti entreprend un voyage initiatique en
Italie, en France et en Grèce. Au travers des
rencontres qu’elle fait, des interviews qu’elle
réalise, des extraits de films de Pasolini qu’elle
insère, elle ne met pas seulement en exergue le
lien entre théâtre antique et politique. A la suite
de Pasolini, elle interroge les conséquences, pour
les sociétés occidentales, de la disparition des
Furies. |
Trois questions à
Hervé Joubert-Laurencin
[Propos recueillis par J. Baumberger]
Professeur d’études cinématographiques à
l’Université d’Amiens, Hervé Joubert-
Laurencin se consacre à l’oeuvre de Pasolini
depuis plus de vingt ans. Il a notamment
écrit deux essais, Pasolini, portrait du poète
en cinéaste et Le dernier poète expressionniste.
Il a par ailleurs traduit en français et
édité ses Ecrits sur le cinéma, ses Ecrits sur
la peinture, et, plus récemment, ses chroniques
politiques [Contre la télévision et
autres textes sur la politique et la société ],
son théâtre de jeunesse – dont OEdipe à
l’aube – et un recueil de poèmes demeuré
jusqu’ici inédits, Le Dada du sonnet.
Il répond à quelques questions, en prélude à la
soirée Pasolini qu’il présentera à Port-de-Bouc.
A-t-on raison de lier intimement Pasolini
et tragique ?
Sans aucun doute. Mais comme toutes les
évidences, celle-ci peut tourner à l’idée
reçue ! Il ne me paraît pas très pertinent de
lier le destin malheureux de cet homme et de
sa famille avec l’aspect dramatique de son
oeuvre. En revanche, il est incontestable que
la tragédie grecque occupe, dans son oeuvre,
une place centrale. Elle est véritablement
constitutive de l’univers pasolinien.
Pasolini a repris à son compte les
figures d’OEdipe, de Médée et d’Oreste.
Quel lien établissez-vous entre sa
vision et ces mythes tels que nous les
ont transmis Sophocle, Euripide et
Eschyle ?
Il en a la connaissance qu’on pouvait en avoir
à l’époque lorsqu’on avait fait ses humanités.
Mais, chez lui, cela va bien au-delà. Il veut
véritablement affilier son chant à la tragédie
grecque. Il défend ainsi ardemment un théâtre
de la parole, quitte à passer pour anachronique
[la mode étant alors au théâtre de gestes].
Il faut aussi parler d’une expérience qui
l’occupe entre 1959 et 1960 et qui, à mon
sens, laisse sa marque sur ses deux premiers
films, Accatone et Mamma Roma. Il s’agit
d’une nouvelle traduction de l’Orestie – traduction
qui reste d’ailleurs la plus utilisée
sur les scènes italiennes – que lui commandent
l’acteur Vittorio Gassman et le Teatro
Popolare Italiano.
Or, c’est précisément pendant cette même
période qu’il écrit et réalise Accatone, puis Mamma Roma. Et il me paraît évident qu’il
fait ces deux films avec les mots d’Eschyle
à l’esprit ! Il puise dans la tragédie grecque
un antidote au néoréalisme, qui est, lui,
d’essence mélodramatique.
Et OEdipe roi ?
Pasolini avait déjà abordé le mythe oedipien
dans sa toute première pièce, OEdipe à
l’aube, écrite à 20 ans (et restée inédite,
quoique très belle, jusqu’à aujourd’hui). Il y
revient vingt-cinq ans plus tard, en 1967, par
le truchement du cinéma, et cela donne
OEdipe Roi. L’entreprise est assez étonnante,
typique des années 1960. Il s’inspire de la
pièce de Sophocle, il en respecte le texte ;
mais il l’entoure d’éléments empruntés à
d’autres cultures, ce qu’accentue encore un
tournage dans le désert marocain. Il ajoute
aussi un prologue qui convoque sa propre
enfance et un épilogue qu’il situe dans la
Bologne de 1967. Le film n’apparaît pas
comme un palimpseste où se superposent et
se confondent l’influence grecque, la lecture
de Freud, des éléments de son histoire personnelle,
des réflexions sur le pouvoir, et des
images influencées par ses voyages en
Afrique et en Orient. C’est un film sur l’éclatement
des temps, l’effacement de la chronologie,
car tuer le père, c’est aussi tuer
l’origine. |

• DIMANCHE 8 NOVEMBRE À 18 H 30 • La Garde • Cinéma Le Rocher
Projection du film Mamma Roma de Pier Paolo Pasolini, avec
Anna Magnani, Ettore Garofolo,
Franco Citti [Italie, 1962, 1 h 50],
suivie d’une rencontre avec
Jeanne Baumberger [journaliste cinéma]
& Thierry Fabre [créateur des Rencontres
d’Averroès].
En partenariat avec le Cinéma Le Rocher
et la librairie Gaïa

• MARDI 10 NOVEMBRE À 19 H • Marseille • Friche Belle de Mai - La Cartonnerie
Autour de Pasolini et de Carnet de note
pour une Orestie africaine,
projection et table ronde avec
Barbara Bouley-Franchitti
[réalisatrice de Et maintenant la 4e partie
de la trilogie commence],
Pierre Judet de la Combe
[philologue, traducteur d’Eschyle],
& Jean-Paul Curnier [philosophe],
animée par Marc Mercier
[directeur des Instants vidéo]
Une soirée proposée par les Instants vidéo
[www.instantsvideo.com],
en partenariat avec Espaceculture_Marseille à l’occasion de la 22e édition
du festival international d’art vidéo
« Rencontres Poétroniques »

• VENDREDI 20 NOVEMBRE • Port-De-Bouc
• Médiathèque
18 H 30
Rencontre avec Hervé Joubert-Laurencin professeur de cinéma à l’Université de Picardie
• cinéma Le Meliès
21 H
Projection du film OEdipe Roi
de Pier Paolo Pasolini, avec Franco Citti,
Silvana Mangano & Alida Valli
[Italie, 1967, 1 h 44]
En présence de Hervé Joubert-Laurencin.
Une soirée proposée par la Médiathèque Boris
Vian, le cinéma Le Méliès et la librairie l’Alinéa

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