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Sous le signe d'Ibn RochdART ET POLITIQUE
Les scènes du pouvoir - 3e édition
Rabat, Maroc
jusqu'au 22 avril 2011
Tables rondes, lectures, ateliers philosophiques, concours du jeune penseur.
Coordonné par Driss Ksikès, Michel Péraldi et Driss Khrouz.
Présentation générale
Les Rencontres d’Averroès sont nées de la volonté conjointe d’intellectuels et citoyens de redonner vie
à la philosophie dans la sphère publique à travers des débats libres, des joutes verbales, une théâtralisation
de textes fondamentaux stimulant la liberté et la créativité, et des ateliers favorisant la pensée libre
à travers la maïeutique.
Les Rencontres, créées depuis presque deux décennies à Marseille, ont traversé la Méditerranée depuis 2009, pour installer à Rabat un rendez vous annuel ouvrant le débat libre, par delà les cercles restreints
et mondains de l’élite bien pensante, aux jeunes, aux citoyens avides de savoir et autres curieux
en manque de rendez-vous où la parole est critique, stimulante et non conventionnelle.
En choisissant le thème de cette année, Art et politique, les scènes du pouvoir, les initiateurs
des Rencontres invitent le public à dépasser la conception divertissante de l’art pour interroger sa capacité
à consolider le vivre ensemble.
Comme ils cherchent à voir à quel point l’art interroge les formes d’aliénation politiques au lieu de se contenter de les consommer.
En programmant des discussions ouvertes sur ce que peut le cinéma face au drame palestinien ou en s’intéressant de près à ce qui est possible d’advenir de la dynamique de l’art dans la cité, Les Rencontres d’Averroès veulent être en même temps un lieu d’enchantement, par l’esthétique des œuvres programmées et des penseurs invités à une parole libre, mais aussi un lieu de déconstruction du désenchantement ambiant par l’éthique du débat contradictoire et du dialogue fertile.
Driss Khrouz, Driss Ksikes et Michel Péraldi
Co-fondateurs des Rencontres d’Averroès, Rabat
Averroès s’appelait en réalité Ibn Rochd. En traversant la
Méditerranée, les Rencontres ont donc changé d’appellation.
Mais pas de nature ! À la veille de la troisième édition
marocaine, un de ses pères fondateurs, le journaliste et
écrivain Driss Ksikès, en retrace les premiers pas.
Comment s’est passée la naissance des Rencontres Ibn
Rochd de Rabat ?
Disons en préalable que j’ai une grande complicité intellectuelle
avec Thierry Fabre. Lorsque je suis venu à Marseille
pour assister aux Rencontres 2008, il m’a fait part de son
souhait de voir la manifestation voyager de l’autre côté de la
Méditerranée, et m’a demandé si ça m’intéressait de m’impliquer
dans un tel projet. Dans la mesure où il s’agissait d’imaginer
tout autre chose qu’une simple opération de duplication,
il m’a semblé que ça ne pouvait qu’enrichir la réflexion,
approfondir le dialogue entre les deux rives. Ma réponse a
donc été oui. Le projet des Rencontres Ibn Rochd de Rabat s’est
construit essentiellement à trois : Driss Khrouz, le directeur
de la Bibliothèque Nationale, Michel Péraldi, qui a été
jusqu’à l’an dernier le directeur du Centre Jacques Berque de
Rabat, et moi-même.
Pour la première édition, en 2009, vous aviez choisi une
thématique audacieuse :
« Religion et pouvoir : passerelle
ou impasse ? »
Il était important d’affirmer d’entrée que nous ouvrions un
espace de débat libre et sans tabou. Mais je dois dire que
nous n’avons pas rencontré de problème. Aujourd’hui, le
Maroc a, je pense, la maturité suffisante pour que de tels
débats s’engagent dans la cité.
Et comment s’est déroulée cette première édition ?
Très bien ! L’auditoire a été nombreux et les débats de bonne
qualité. Cette année-là, nous avons aussi créé le Concours
des jeunes penseurs, qui s’est d’emblée révélé comme une
initiative passionnante. En revanche, en 2010, la seconde
édition a été moins réussie. Le thème – « Peut-on être juste
dans des systèmes injustes ? » – n’était pas en cause. Et il y a eu
des points positifs, comme la mise en place des Ateliers de la
Pensée. Mais l’énergie n’a pas toujours suppléé au manque
de structuration. Il a fallu se ressaisir, d’autant que dans le
même temps, la première réunion sur l’internationalisation
des Rencontres s’est tenue à Rabat. Nous voulions garder la
confiance du réseau qui se mettait en place. Nous nous
sommes donc donné les moyens de travailler de façon plus
structurée, notamment en impliquant des institutions
importantes comme la Bibliothèque Nationale et l’Institut
des Hautes Etudes de Management, qui est une grande
école.
La troisième édition va bientôt démarrer…
Elle a même déjà commencé puisque, comme à Marseille,
nous proposons un programme culturel en amont des tables
rondes. C’est le cinéaste palestinien Michel Khleifi et l’écrivain
- et ancien Ministre de la culture - Mohammed Achaari
qui ont ouvert ce premier volet. Les Rencontres proprement
dites se dérouleront les 20, 21 et 22 avril sur le thème : « Art
et politique : les scènes du pouvoir ». Ce sujet vise à laisser de
côté la conception divertissante de l’art pour interroger
sa capacité à consolider le vivre ensemble. Il me passionne
particulièrement.
Comment vivez-vous personnellement cette aventure ?
Au départ, je l’ai plutôt vécue comme un défi. Maintenant,
je la ressens comme quelque chose de précieux, qu’il convient
de préserver et de nourrir, à qui il faut donner des ailes.
[propos recueillis par Jeanne Baumberger]
Les Rencontres d’Averroès ont été créées en 1994 par Thierry Fabre avec Edgard Pisani à l’Institut du Monde Arabe et Jean-Marie Borzeix
à France Culture.
Elles sont organisées chaque année par Espaceculture_Marseille.
Elles se proposent de penser la Méditerranée des deux rives et d’organiser
la controverse autour des tables rondes.
La figure d’Averroès est l'expression d'une philosophie de la raison dans l’islam médieval mais il incarne aussi un symbole d'ouverture
sur le monde, de pensée critique et de goût de la connaissance.
Dans la lignée de ce passeur entre les cultures méditerranéennes, les Rencontres d’Averroès visent à partager des savoirs avec le grand public.
Dès la première année, ces tables rondes ont pris la forme d’un débat radiophonique ce qui a permis ce partage, l’éveil d’un intérêt réel
par un très large public et la volonté de transmettre des savoirs bien au-delà du seul cercle des spécialistes.
L’internationalisation des Rencontres d’Averroès s’est d’abord faite en direction de l’Algérie, à travers la maison d’édition Barzakh, mais l’unique édition programmée n’a pas eu de lendemain.
A partir de 2009, Sous le signe d’Ibn Rochd à Rabat a repris le flambeau, porté en cela par des intellectuels indépendants et la structure
de la Bibliothèque nationale, ce qui a permis d’entamer un cycle de rencontres dorénavant incontournables dans la capitale marocaine.
A compter de février 2011, naissent Encuentros Averroes grâce à la structure de Casa arabe à Cordoue.
La dynamique de l’internationalisation des Rencontres étant ainsi enclenchée, voit le jour à partir de cette année 2011, le réseau Rencontres d’Averroès/Ibn Rochd, entre Marseille, Rabat et Cordoue.
L’art et la politique ont du mal à faire bon ménage mais sont appelés à se côtoyer, inévitablement.
L’un fait vivre l’autre au risque de l’instrumentaliser, comme le premier se nourrit du second pour tenter de le dépasser.
Mais qu’est-ce que l’art pour les politiques et quelle conception ont les artistes du politique ?
La politique a besoin de spectacle pour se replacer au cœur de l’espace public.
Voici la vulgate que transmettent, jour après jour, les media et les hommes au pouvoir épris de media.
En face, plusieurs penseurs s’interrogent, à juste titre : en étant réduite à la fonction séductrice, en étant prise dans la tourmente
du show-business, la politique ne perd-elle pas son moteur éthique, sa capacité à produire du sens ?
La dialectique art – politique, peut être appréhendée dans l’autre sens.
L’art, dit-on, a besoin d’apporter un autre regard sur le réel, l’ici et le maintenant, pour redonner un sens au vivre ensemble.
Mais les esthètes ont peur que, immergé dans les contingences et le contexte historique immédiat, l’art perde son pouvoir de sublimation.
En devenant politique, l’art perd-il son pouvoir enchanteur ? Et en s’abreuvant d’art, la politique gagne-t-elle en magie ?
Dans son manifeste compositionniste Pour une école des arts politiques, Bruno Latour estime que « la politique n’est pas une science,
ne pourra jamais l’être, quelque nom qu’on lui donne et à quelque science que l’on se voue.
C’est un art, ou plutôt des arts par lesquels on cherche à composer progressivement le monde commun.
Le monde commun est à composer, tout est là. Il n’est pas déjà là enfoui dans une nature, dans un universel, dissimulés sous les voiles chiffonnés des idéologies et des croyances et qu’il suffirait d’écarter pour que l’accord se fasse. Il est à faire, il est à créer, il est à instaurer ».
La dialectique, art et politique, pris sous cet angle novateur peut-elle produire du sens et renouveler l’utopie d’un meilleur vivre ensemble ? Ces débuts d’interrogation, provenant d’un monde mal à l’aise avec les catégories usuelles, sont de plus en plus partagées et méritent d’être interrogées par des artistes, penseurs et praticiens de la politique.

- Sous le signe d’Ibn Rochd, des témoignages par l’art
Littérature entre « le je » et « le nous »
Vendredi 25 mars 2011, à HEM Rabat, de 18h à 21h
Michel Khleïfi, cinéaste palestinien, autour de son film, Zindeeq
Mercredi 30 mars 2011 à la BNRM de 18h à 21h
Mohamed Achaâri, écrivain, ex-ministre de la culture
Autour de son roman, L’arc et le papillon
Que peut le cinéma face au drame palestinien ?
(En partenariat avec l’association Maroc-Palestine)
- Fragments, carte blanche à nos invités
Carte blanche 1 : Lundi 11 avril 2011, Mohamed Berrada, romancier et critique littéraire
Carte blanche 2 : Lundi 18 avril 2011, Jocelyne Dakhlia, historienne et essayiste
Carte blanche 3 : Mardi 19 avril 2011, Abdelhay Moudden, politologue et romancier
Lieu : Salle Gérard Philipe, Institut Français, 1, Rue Abou Inane
Horaire : 18h-20h30
- Penser en atelier, un rendez-vous, Pour s’initier à la pensée critique
Atelier 1 : « Penser le politique », le Mercredi 20 avril 2011 avec Jean-François Bayart, politologue
Atelier 2 : « Penser l’art », le Jeudi 21 avril 2011 avec Ali Benmakhlouf, philosophe
Atelier 3 : « Penser l’interculturel », le Vendredi 22 avril 2011 avec Taïeb Belghazi, spécialiste d’études culturelles
Lieu : Center for Cross-Cultural Learning, CCCL
Horaire : 10h-13h
- Cre’Arts
Du 7 au 17 avril 2011, Happening dans la cité à l’Esplanade de la BNRM, Gare ONCF, Ex-ministère de la Communication
Direction artistique : Jaouad Essounani
Jeudi 21 avril 2011, Amnesia au Théâtre Mohammed V, 20h-21h00
Texte de Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi, Mise en scène : Fadhel Jaïbi
- Les tables rondes, L’Agora des Rencontres
Table Ronde 1 : « L’art engagé, une gageure ? »
Le Mercredi 20 avril 2011 à la BNRM de 18h à 20h30
Invités : Fadel Jaïbi, Ali Benmakhlouf, Jean Loup Amselle, Abdellatif Laâbi
Modération : Assia Belhabib, Professeur de littérature
Table Ronde 2 : « La politique, un spectacle de masse ? »
Le Jeudi 21 Avril 2011 à la BNRM de 18h à 20h30
Invités : Khalid Hroub, Edwy Plenel, José Maria Ridao, Ali Bouabid
Modération : Narjis Reghaye, journaliste
Table Ronde 3 : « L’art et la cité, un couple hétérodoxe ? »
Le Vendredi 22 Avril 2011 à la BNRM de 18h à 20h30
Invités : Thierry Fabre, Abderrahim Kassou, André Azoulay, Pierre Sauvageot
Modération : Omar Berrada, écrivain, traducteur et producteur à France Culture
- Le concours de dissertation
Les Rencontres d’Averroès, en partenariat avec l’académie régionale du Ministère de l’Education Nationale, Rabat-Salé-Zemmour-Zaërs,
lance, au profit des élèves de terminales de l’ensemble du territoire, un concours de dissertation sur le thème de l’année « Art et politique ».
La remise des prix, qui aura lieu le 22 avril à la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc, récompensera les trois premiers lauréats lors
de la cérémonie de clôture.
Remise des prix
Date : Vendredi 22 avril à 20h30
Lieu : BNRM, Avenue Ibn Khaldoun, Agdal, Rabat

2009 - 1re édition "Religions et pouvoirs, passerelle ou impasse ?"
2010 - 2e édition "Peut-on être juste dans des systèmes injustes ?"

