International > Cordoue
Les Rencontres à l'international
Encuentros Averroes
Cordoue, Espagne31 janvier au 5 février 2011
La version ibérique de ces rencontres s'est tenue pour la première fois du 31 janvier au 5 février 2011,
sous le nom de los « Encuentros Averroes » et a choisi d'engager le débat sur le thème
« El paradigma de Córdoba. Identidad y diversidad »
Prendre ses quartiers d’hiver à Cordoue pour vivre au rythme de l’art et de la controverse est comme une évidence.
L’ancienne capitale du califat des Omeyyades a ainsi accueilli un public nombreux d’enseignants, de chercheurs,
de citoyens mais aussi d’acteurs de la vie culturelle en Méditerranée [pour n’en citer que deux :
un représentant du Centre Culturel Français d’Alger et un des membres des futures Rencontres à Beyrouth]
en ces belles journées de février. > Lire la suite...
Ce nouvel événement a également été regardé de près par la presse espagnole, européenne mais aussi
par la presse des pays arabes. Une délégation d’excellence de la presse, de la radio et
de la télévision algérienne a couvert largement l’événement,
permettant d’espérer le retour à Alger de prochaines Rencontres Ibn
Rochd, à l’instar de celles qui se sont déroulées en 2006 dans
la capitale de ce voisin
de la rive sud de la Méditerranée.
L’esprit des Rencontres c’est aussi cela : de créer les conditions
du partage, loin du modèle du colloque, du symposium
et autres formes descendantes de transmission de la connaissance
et d’ouvrir un espace de débat.
Articulées autour de deux tables rondes mais aussi d'un cycle
de films présenté à la Cinémathèque de Cordoue et d'un
concert de clôture de Naseer Shamma, ces rencontres ont été
conçues, dans l'esprit de la Charte Averroès, signée d’ailleurs
en ouverture des débats.
L'héritage andalou, dans son acception de référence, de point
d'ancrage et d'outil intellectuel, a été mis en débat pour
« rapprocher des analyses et avis sur cette réalité du passé [son
héritage, ses mythes, ses interprétations intéressées] et l’énorme actualité
qu’elle conserve à l’heure présente [l’acceptation de la diversité,
de la pluralité confessionnelle et la lutte contre les fanatismes et les
racismes] » selon les voeux de Gema Martín Muñoz.
Cependant que Thierry Fabre invitait à rendre hommage aux
« peuples tunisiens et égyptiens [qui] nous offrent un printemps en
hiver et imposent la liberté de pensée dans l’espace public ».
L'enceinte de l'université a accueilli, tour à tour, deux tables
rondes.
« Une culture, trois religions » a permis d'aborder le
passé et de donner des éclairages sur la période d'Al Andalus
comme modèle de coexistence des trois religions, de respect
de l’altérité et d’une relation pacifique. Mais aussi les
limites de cette « convivienca » dans la pratique jusqu'à
l'épisode de l'expulsion des Maures en 1609 comme un fait
marquant européen de fanatisme et de racisme.
De la seconde table ronde, nous retiendrons ces mots d'engagement
d'un Juan Goytisolo heureux du vent de liberté
des peuples arabes, plaidant contre les amalgames entre
musulmans et terroristes, rappelant l'importance de la paix
en Palestine et exhortant à cette recette de paix : « savoir faire
la somme, pas la soustraction ».
Ou encore cette alternative au
Choc des civilisations proposé par Ramin Jahanbegglo : « Le
paradigme de Cordoue est une négation de la violence en ce sens que
la potentialité de dialogue minimise la violence. On va donc d’une
logique d’exclusion à une logique d’inclusion ».
Renouer avec la pensée critique est une posture : héritage de
la connaissance qui a fait la grandeur de l'histoire des
Arabes, elle n'est pas à comprendre comme de la célébration
du passé mais bien comme un socle commun pour bâtir
ensemble la Méditerranée aujourd’hui. « De Bagdad à
Cordoue », tel a été le titre du concert de clôture des
Rencontres : l'esprit de paix habitait le trio dirigé par le
maître irakien du oud, vivant au Caire et le voyage musical
portait cette grâce bien au-delà des frontières géographiques
de la Mare Nostrum.
> Programme en français à télécharger

« Le paradigme de Cordoue dans le passé. Une culture, trois religions » animée par Manuel Pimentel
[écrivain & éditeur]
Avec Emilio González Ferrín [professeur à l’Université de Séville], Aurora Salvatierra [professeur à l’Université
de Granada], Andres Martinez Lorca [professeur de philosophie médiévale à l’Université de Madrid]
2e table ronde
« La projection du paradigme de Cordoue dans le présent » animée par Gema Martín Muñoz, directrice générale
de Casa Árabe
Avec Juan Goytisolo [écrivain], Ramin Jahanbegloo [philosophe, professeur à l’Université de Toronto],
José Manuel Fajardo [écrivain & journaliste]

Directrice de Casa Árabe, Gema Martín Muñoz a été la principale instigatrice des Encuentros Averroes de Cordoue.
Elle tire ici le bilan de la première édition qui s’est déroulée du 31 janvier au 5 février 2011.
Et envisage déjà une extension à Madrid !
Sociologue de formation, brillante spécialiste du monde arabe et islamique, Gema Martín Muñoz n’est pas une inconnue pour les fidèles
des Rencontres, puisqu’elle était intervenue lors d’une des tables rondes de l’édition 2007 [Liberté, Libertés entre Europe et Méditerranée].
C’est par le biais de Casa Árabe, l’institut qu’elle dirige à la fois à Cordoue et à Madrid, que la version espagnole des Rencontres s’est mise
en place pour la première fois cette année.
Une naissance facile et heureuse puisque les Encuentros ont d’emblée remporté un beau succès public et médiatique.
Gema Martín Muñoz en dresse ici le bilan et annonce quelques perspectives. > Lire l'inteview...
Vous étiez, en 2007, parmi les intervenants des Rencontres.
Est-ce à ce moment-là que l’idée d’une version espagnole
est née ?
Non. À l’époque, il n’était pas encore question d’internationaliser
les Rencontres en Espagne. C’est bien plus tard,
pendant l’automne 2009 qu’est apparue l’idée d’étendre aussi
la manifestation à Cordoue. Nous avons alors discuté avec
Thierry Fabre pour voir comment cela pouvait se faire. Les
trois partenaires – Marseille, Rabat et Cordoue – se sont
ensuite réunis pour penser cette internationalisation en profondeur,
lui donner une assise solide et de la visibilité.
Y a-t-il une spécificité cordouane ?
La philosophie générale de la manifestation est absolument
identique. Mais, bien entendu, il faut tenir compte des spécificités
locales. Nous avons souhaité relier la thématique de
la première édition à l’histoire même de la ville et du pays.
En choisissant de débattre sur « Le paradigme de Cordoue.
Identité et diversité », nous sommes revenus, pendant la
première table ronde, sur l’époque d’Al Andalus pour voir
jusqu’où elle avait été un modèle de tolérance religieuse et
de respect de l’Autre. Au cours de la deuxième table ronde,
la question a été de savoir si aujourd’hui, avec la montée de
l’islamophobie, ce paradigme était encore soutenable. Dans
beaucoup de pays européens, le discours d’exclusion est clairement
devenu un instrument électoral. Et même si le
problème se pose avec moins d’acuité en Espagne qu’en
France, il faut quand même nous interroger là-dessus.
Comment comptez-vous développer les Encuentros à la
lumière de cette première expérience ?
Nous sommes évidemment très heureux du succès public et
médiatique de cette première édition. Mais il y a encore à
faire ! Nous avons seulement amorcé la programmation
artistique qui accompagne les tables rondes. Il y a certes eu
trois projections et un concert, mais uniquement dans
Cordoue même. Nous ambitionnons maintenant, comme
vous le faites, d’étendre la programmation à l’ensemble de la
région et, pourquoi pas, à Madrid puisque Casa Árabe a également
un siège dans cette ville.
Avez-vous déjà une idée de la thématique des Encuentros
2012 ?
Pas encore, mais il me paraît impossible de ne pas évoquer la
rébellion citoyenne et le renouveau démocratique à l’oeuvre
dans les pays arabes.
[propos recueillis par Jeanne Baumberger]

Casa Árabe et son Institut International des Etudes arabes et du monde musulman - IEAM, Fondation Córdoba capital cultural, Cátedra UNESCO
de Resolución de Conflictos de la Universidad de Córdoba.
www.cordoba2016.es | www.casaarabe-ieam.es
