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3e table ronde - un « rendez-vous des civilisations », utopie sans lendemain ou promesse d’avenir ?

Samedi 19 novembre de 15h à 17h, auditorium du Parc Chanot
Animée par Thierry Fabre

« Nous ne savons pas ce qui se passe, et c’est cela qui se passe », observait le philosophe Ortega Y Gasset.
Justement, qu’est-il en train de se passer sous nos yeux, d’une rive à l’autre de la Méditerranée ?
Assiste-t-on à un bouleversement du monde ? Quelle est la portée des révolutions arabes ?
Sont-elles annonciatrices de changements profonds dans le monde de l’Islam méditerranéen, depuis longtemps travaillé par des courants obscurantistes ?
Sommes-nous réellement entrés dans un temps post-islamiste, dont la disparition d’Oussama Ben Laden serait un des signes les plus manifestes de changement
d’époque ?
Quel est, dans ce nouveau contexte historique, l’impact du conflit persistant entre Israël et Palestine ?
Peut-il être plus facilement surmonté ?
Les chemins de la paix peuvent-ils être retrouvés dans le climat nouveau inspiré par les révolutions arabes ?
Les processus politiques et électoraux en cours vont-ils plutôt conforter les mouvements obscurantistes ?
Ou les forces démocratiques, portées par des jeunes générations qui rêvent de liberté, de dignité et d’un autre avenir, vont-elles s’imposer ?
Comment l’Europe peut-elle conforter les processus démocratiques en cours ?
Mais de quelle Europe s’agit-il, alors que son projet s’essouffle et que la cohésion entre Europe du Nord et Europe du Sud ne semble plus tout à fait assurée, à l’heure
où les tensions sont vives et les mouvements sociaux nombreux à l’occasion de la crise financière en Grèce, en Espagne et au Portugal ?...
Dans ces conditions, volontiers troubles, un « rendez-vous des civilisations » entre l’Europe et l’Islam est-il pensable voire possible ?
Sur quelles bases ?
À partir de quelles constructions d’ensemble et de quelles convergences d’intérêts ?
L’horizon d’un grand projet autour de la Méditerranée, dont les acteurs culturels et de la société civile seraient les initiateurs, est-il une utopie sans lendemain
ou une promesse d’avenir ?
Quels visages peuvent prendre les relations entre l’Europe et l’Islam au XXIe siècle ? La liberté ou la peur ?...

[Thierry Fabre]


Fred Kahn

Le troisième rendez-vous nous confronte à un présent qui ne cesse de s’accélérer. Les révolutions arabes ont donné naissance à des processus démocratiques qui semblent irréversibles. Ces mouvements sont en train de complètement reconfigurer les sociétés de l’autre rive. Avec des répercussions évidentes en Europe.
Mais, alors qu’habituellement nous ne prenons connaissance des événements qu’à travers des filtres médiatiques, ici, nous serons directement face aux acteurs de cette Histoire en train de s’écrire. Et les intervenants auront amplement le temps de développer leur pensée et d’échanger leurs points de vue.
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Dans son best-seller L'Immeuble Yacoubian, l'écrivain Alaa El Aswany décrivait tous les symptômes du mal qui a mené au soulèvement égyptien : pauvreté, injustice, corruption, abus policiers… Celui qui dénoncait depuis longtemps et à haute voix la dictature égyptienne a été l'un des acteurs de la révolution de la place Tahrir. En mars 2011, il débattait avec Ahmed Shafiq, alors Premier ministre par intérim. Ce dernier sera contraint à démissionner le lendemain. « Je n'ai fait que mon devoir de citoyen et aussi d'écrivain, déclarera ensuite Alaa El Aswany. L'écriture est un engagement. Et une défense des valeurs humaines ». Cet intellectuel engagé [il a été, en 2004, l'un des fondateurs du mouvement démocratique Kifaya - « Ça suffit ! »] nous livrera son analyse sur le rôle de l’armée et sur la transition démocratique, comme en témoigne son nouveau livre, Chroniques de la révolution égyptienne. Il nous permettra également d’y voir plus clair sur les forces en présence et sur l’influence des partis islamistes. Récemment encore, il déclarait que les Frères Musulmans avaient perdu du terrain dans cette révolution.
« Sous Moubarak, ils avaient une aura de victimes. Le régime exagérait leur influence pour envoyer à l'Occident ce message : ou bien vous acceptez la dictature, ou alors préparez-vous à l'arrivée au pouvoir des Frères musulmans. Mais, ils ont toujours été à la remorque de la révolution ».
Alaa El Aswany estime-t-il que le parti islamiste peut s’inscrire dans le jeu démocratique et que pour ce faire, il va repenser sa conception des rapports entre la religion
et la politique ?
La large victoire du parti Ennahda aux premières élections libres de Tunisie laisse à penser que la mouvance islamiste va jouer un rôle de premier plan dans la reconfiguration politique du monde arabe. Le psychanalyste Fethi Benslama a suivi de près la révolution tunisienne. Il est persuadé que cette dernière a été rendue possible parce que
« le peuple possède une conscience très élaborée de la notion de justice, très construite intellectuellement, au sens moderne et civil du terme.
L’acquisition de cette notion de justice très élaborée a fait comprendre à ce peuple, majoritairement, que la solution ne peut venir ni de la revendication religieuse, ni identitaire, mais de droits sociaux, économiques et politiques ». Mais alors comment Ennahda a t-il pu conquérir 42 % des d’électeurs ?
En profitant de l’absence de culture politique du peuple ? Sur des revendications religieuses et identitaires ? Ou sur un programme électoral crédible ?
De quel modèle s’inspirera ce parti islamiste ? Du fondamentalisme de la révolution islamique d’Iran ? De la posture beaucoup plus pragmatique du parti AKP qui dirige
la Turquie ? Ou alors, sommes-nous face à une configuration politique inédite ? Pour Fethi Benslama, il est évident que « même si le monde musulman n’est pas encore complètement sorti d’une forme de soumission aux théologies de la servitude, la figure de l’Arabe qui accepte l’oppression de ses gouvernants et qui n’a pas d’aspiration
à la liberté, a volé en éclat ».

À bout de souffle ou nouvelle vague ?
Bien qu’affaiblie par la crise économique et financière, l’Union Européenne peut d’autant moins consentir à l’immobilisme que ces mouvements populaires arabes se revendiquent de principes démocratiques communs. L’Europe va-t-elle pour autant les accompagner ? Michel Foucher, géographe et diplomate, estime que « chaque trajectoire démocratique doit suivre son propre chemin.
Bruxelles n’a pas à exporter un modèle, mais a le devoir d’accompagner les forces qui en font la demande notamment en contribuant à favoriser la relance économique pour que les gouvernements libres qui sortiront des urnes soient en mesure de répondre aux attentes de leur peuple ». Quant aux freins à la mise en place d’une politique de coopération efficace entre l’Europe et le monde arabe, Michel Foucher affirme « qu’ils sont d’abord internes, du fait de l’absence de coopération et d’échanges entre les Etats des rives Sud et Est de la Méditerranée ». Quel serait alors le cadre politique le plus judicieux ? « Celui de la Méditerranée occidentale où des intérêts communs existent objectivement ».
En tout cas, fermer à double tour nos frontières par crainte de la pression migratoire n’est certainement pas la meilleure stratégie à adopter.
« Ces peurs ne sont pas justifiées, poursuit le géographe.La sur-réaction de plusieurs pays a envoyé un message peu sympathique aux démocrates tunisiens.
Cela étant, il n’est pas normal que les jeunes de ces pays, notamment en Algérie, n’aient qu’un désir, partir. D’où la double nécessité d’accompagner les mutations en cours et de conclure une sorte de contrat de mobilité ».
Compte tenu de la nouvelle donne provoquée par les révolutions arabes, quelles formes peuvent prendre les relations entre les deux rives de la Méditerranée ?
Gens d'Europe et gens d'Islam saurontils dessiner un monde commun ou seront-ils entraînés vers des confrontations nouvelles ?
Quels avenirs pour la Méditerranée du XXIe siècle ?
Des intérêts convergents ou des écarts grandissants ? Des modes de vie partagés ou des replis identitaires et religieux ? Des principes démocratiques renouvelés
ou des obscurantismes réaffirmés ? Cette 3e table ronde tentera de nous apporter quelques éclaircissements pour appréhender le monde méditerranéen de demain…



Les intervenants



(Photo de gauche à droite : Alaa El Aswany - Photo © Marc Melki, Fethi Benslama - Photo © D. R, Michel Foucher - Photo © D. R)

Animée par Thierry Fabre avec

Alaa El Aswany, écrivain égyptien, auteur de L'Immeuble Yacoubian, paru en 2002 chez Actes Sud. Observateur et acteur très engagé dans les bouleversements de son pays.
Fethi Benslama, psychanalyste tunisien de langue française, vivant à Paris, professeur à l'Université de Paris VII où il dirige l'UFR de Sciences humaines cliniques.
Michel Foucher, directeur de la formation, des études et de la recherche de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale - IHEDN, professeur des universités, géographe et diplomate.
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