« Tahrir, place de la libération »

En ouverture des tables rondes
En avant-première
Sur la place Tahrir avec Stefano Savona
Depuis ces 18 jours qui ébranlèrent le monde en janvier-février 2011, les cinéastes n’ont évidemment
pas eu assez de temps pour imaginer, financer, tourner et monter des fictions autour ou à propos
de la révolution égyptienne.
En revanche, les documentaristes disposaient de toute la souplesse requise pour capter cette lame
de fond, et ils n’ont pas raté ce rendezvous avec l’Histoire. Pour preuve, les deux documentaires
que s’arrachent actuellement les festivals internationaux…
Et qui s’appellent l’un et l’autre Tahrir !
Le premier, présenté au Festival de Venise, est un film en trois segments, respectivement signés par trois jeunes cinéastes égyptiens, Tamer Ezzat, Amr Salama et Ayten Amin. Très applaudi, il a finalement reçu comme sous-titre The good the bad and the politician !
Le second, projeté dans l’enthousiasme au Festival de Locarno, puis aux Etats généraux du Documentaire à Lussas, est l’oeuvre d’un documentariste italien chevronné, Stefano Savona.
Son titre a été également complété pour devenir Tahrir, place de la libération.
C’est ce film qui sera présenté en avantpremière publique le 17 novembre, à Marseille, en prélude aux Rencontres d’Averroès 2011.
Et cela pour deux raisons. La première est que, réalisé par un européen, il colle au plus près de la thématique des Rencontres 2011 : l’Europe et l’Islam : la liberté ou la peur ? La seconde, encore plus importante, est qu’il est formidable !
Pendant les événements, Savona – c’est là sa réussite – n’a pas essayé de filmer le mouvement dans son ampleur, à la manière d’un reporter d’actualités.
Il s’est attaché à quelques anonymes, toujours les mêmes, qu’il a su visiblement mettre en confiance.
Le film scrute leur visage, restitue leurs discussions, si bien que le spectateur peut tout partager avec eux : le doute, la peur, et surtout une ferveur, une espérance inextinguibles.
(légende photo : « Tahrir, place de la libération » - © DR.)


Le film de la révolution égyptienne
Stefano Savona est le seul cinéaste européen à avoir filmé de bout en bout les événements de la place Tahrir.
Il en a tiré un documentaire remarquable, présenté à Marseille en avant-première.
Propos recueillis par Jeanne Baumberger
Au milieu de tout ce que l’on a déjà pu voir sur la
révolution égyptienne, Tahrir, place de la Libération
a ceci de particulier qu’il donne vraiment l’impression
« d’y être ». Sans doute parce que son auteur,
Stefano Savona s’est démarqué du barnum médiatico-
télévisuel pour filmer ce point névralgique de
la révolution égyptienne en cinéaste. C’est-à-dire
en faisant de ces dix-huit jours de fièvre un récit
qui épouse le rythme
des événements et que
portent des personnages attachants, de simples
anonymes saisis dans leur élan à vouloir changer
le monde
à la seule force de leur courage et de
leur espérance. Grâce à quoi, le spectateur a
vraiment l’impression d’assister à une révolution
en marche,
d’en sentir le souffle.
On ne pouvait
rêver film plus adéquat comme prélude aux 18e
Rencontres d’Averroès ! Après le Festival de
Locarno et les Etats Généraux du Documentaire de
Lussas,
Tahrir, place de la Libération sera donc
exceptionnellement présenté à Marseille ce 17
novembre en présence de sa productrice et
monteuse Pénélope Bortoluzzi.
Stefano Savona, lui, est déjà reparti vers d’autres
aventures… non sans avoir préalablement répondu
à nos questions !
À quel moment avez-vous décidé de tourner ?
Stefano Savona : Il faut d’abord dire que Le Caire
occupe une place particulière dans ma vie. C’est
au Caire que j’ai décidé d’abandonner le métier qui
était le mien, celui d’archéologue, pour devenir
photographe et cinéaste. Et le lieu n’est évidemment
pas pour rien dans cette décision ! En tout
cas, j’ai un lien très fort avec cette ville,
et je m’y
rends souvent.
Le jour du premier rassemblement Place Tahrir, le
25 janvier, j’étais à Paris en train de monter
Palazzo delle aquile, documentaire dans lequel
j’avais suivi l’occupation
de la mairie de Palerme
par des familles de sans abri à bout de patience.
Je venais donc de faire l’expérience d’un de ces
moments exceptionnels où des gens ignorés et
maltraités par le système bousculent soudain le
cours des choses
dans l’espoir de le changer.
Jamais, je n’aurais imaginé ça au Caire. Mais en
voyant les images du 25 janvier, j’ai eu l’intuition
qu’on était devant un tel moment et je suis parti
sur le champ.
Vous aviez déjà une idée de film en tête ?
S. S. : Non. Je ne savais pas ce que j’allais trouver,
ni, bien sûr, ce qui pouvait se passer. Je voulais
simplement y être, et filmer. Sur place, j’ai senti
assez vite qu’il y avait matière à un film ; mais je
n’étais absolument pas certain d’obtenir suffisamment
de matière pour le faire.
Ce n’est qu’au retour
que j’ai vraiment su que je tenais quelque chose.
Dans quelles conditions avez-vous travaillé ?
S. S. : J’étais à pied d’oeuvre dès le 29 janvier, et
je suis resté 24 heures sur 24 place Tahrir jusqu’au
12 février, c’est-à-dire jusqu’au lendemain de l’annonce
du départ de Moubarak. Je ne quittais les
lieux que quelques minutes par jour, le temps d’apporter
les batteries à recharger. J’avais emmené
un matériel hyper léger qui me permettait
de travailler
seul : un enregistreur de son et le Canon 5D
Mark II qui fait à la fois appareil photo et caméra.
Je savais qu’il donnait d’excellents résultats dans
ce type de situation, à condition de le maîtriser, car
il est assez difficile à gérer.
Vous connaissiez déjà le petit groupe de personnes au centre du film ?
S. S. : Pas du tout. J’ai des amis au Caire. Mais je
voulais trouver mes personnages sur la place
même, sans pour autant être à l’affût de gens
« emblématiques ». J’ai commencé à suivre ceux
qui sont devenus les protagonistes du film, comme
ça, de façon naturelle, spontanée, et il s’est
installé entre nous une confiance immédiate et
réciproque. Je passais beaucoup de temps avec
eux, hors caméra, à discuter, à me faire expliquer,
à répondre à leurs questions aussi. Il aurait été
impossible de vivre cette expérience avec des gens
dont je n’aurais pas été proche. Nous sommes
d’ailleurs restés liés.
Comment voyez-vous la suite ?
S. S. : Je suis retourné trois fois au Caire depuis le
tournage. Tout est possible. Et il y a des raisons
d’avoir peur, d’autant que l’attitude de l’armée
reste opaque.
Mais je n’arrive pas à croire que les
Egyptiens puissent se faire voler cette révolution
(légende photo :
Stefano Savona - Photo © D. R.)

JEUDI 17 NOVEMBRE
MARSEILLE
CINÉMA LES VARIÉTÉS À 20 H
Projection en avant-première du documentaire « Tahrir, place de la libération » de Stefano Savona [Italie/France, 2011, 1 h 30].
Projection suivie d’un débat avec Pénélope Bertoluzzi [productrice du film] & Thierry Fabre.
[tarif unique : 6 €, en pré-vente au cinéma une semaine avant]
Une soirée proposée par Espaceculture_Marseille.