
Kamel Daoud - © DR.
Comment les artistes de l’autre rive sont-ils « affectés » par les révolutions arabes ? Les Rencontres à l’échelle ouvrent un espace d’expression pour mettre en jeu et en dialogue les répercussions sensibles de ces bouleversements politiques. Julie Kretzschmar, la directrice artistique de cet événement, a choisi des démarches qui se situent « aux antipodes de la tentation du repli narcissique ». Depuis plusieurs années, elle a tissé des complicités avec des auteurs, plasticiens, cinéastes ou metteurs en scène engagés avec leur langue, leur corps et leurs gestes dans un monde méditerranéen qui ne cesse de se recomposer. Le travail de Kamel Daoud est emblématique de cette volonté de relier l’intime au politique. Cet auteur algérien de 40 ans tient depuis plusieurs années une chronique dans Le Quotidien d’Oran. Il utilise cette tribune pour fustiger l’incompétence et la corruption du pouvoir en place. Mais, c’est dans ses oeuvres de fiction que Kamel Daoud exprime avec le plus de puissance et de profondeur l’état de déliquescence de la société algérienne. Dans Le Minotaure 504, son cinquième livre, le premier publié en France*, il donne vie à des anti-héros très attachants, mais désenchantés, car concients de l’impossibilité à édifier un projet collectif. Ainsi, la nouvelle qui donne son titre au recueil nous fait entendre le monologue, déglingué comme sa 504, d’un chauffeur de taxi qui n’a de Minotaure qu’une absence de cou et la conviction qu’Alger a fait de lui un monstre. Contrairement à ces personnages, Kamel Daoud cherche par tous les moyens à s’inscrire dans des aventures partagées. Dans le cadre des Rencontres à l’échelle, il ne se contentera pas de lire des extraits de son dernier roman, il croisera également son imaginaire avec celui du chorégraphe et metteur en scène israélien Haïm Adri, qui vit en France depuis 25 ans. Nul doute que la rencontre sera féconde.

Les Rencontres à l’échelle
Etat d’alerte et mutations sensibles
Les Rencontres à l’échelle, manifestation pluridisciplinaire organisée
par les Bancs Publics, s’intéressent chaque année à la création
contemporaine indépendante, notamment celle du pourtour méditerranéen.
Nul doute que les artistes invités pour cette sixième éditiontémoigneront des bouleversements en cours dans le monde arabe.
Trois événements placés Sous le signe d’Averroès.
Pour la première fois dans le Sud-Est
L’intégrale de Mafrouza !
Les cinq épisodes du film-monde d’Emmanuelle Demoris seront présentés le 6 novembre au Gyptis
en continu de 10 h à minuit et en présence de la réalisatrice. Choc cinématographique en vue !
Hors-normes. Telle est l’expérience cinématographique et humaine à laquelle nous convie Mafrouza.
On est là en présence d’un film-monde, un film-monstre, dont la durée considérable – un peu plus de douze heures –
nous plonge en immersion totale dans une communauté humaine, et nous permet de capter à la fois moments uniques
et passage du temps, instantanés et évolutions des êtres.
Ici, non seulement la durée, mais l’expérience de la durée, est capitale.
Disons néanmoins à ceux et à celles que de telles proportions pourraient rebuter, ou effrayer,
que chacun des cinq volets qui composent Mafrouza
est un film en soi qui ne nécessite absolument pas de connaître ce qui s’est passé avant [ou ce qui se passera après]
pour être compris et apprécié.
Pour la réalisatrice, Emmanuelle Demoris, l’entreprise a commencé à la fin des années 90.
Elle avait alors dans l’idée de faire un documentaire sur les rituels funéraires, et le rapport des vivants aux morts.
On lui avait signalé, à Alexandrie, une antique nécropole gréco-romaine investie par des misérables et devenue
de ce fait un étrange bidonville : Mafrouza.
Elle y est allée. « La rencontre avec les habitants du quartier a été un choc qui m'a fait changer de cap et de film,
raconte-telle.
J'ai été stupéfaite par leur irrépressible force de vie, leur inventivité libre, leur courage, leur tendresse et leur résistance tenace face au monde qui les entourait.
C'est parce que je les ai aimés que j'ai décidé de faire ce film ; pour leur rendre hommage en faisant découvrir
leur façon d'être et de vivre ensemble. »
Vitalité
À sa suite, nous pénétrons le petit monde de Mafrouza, ses ruelles labyrinthiques et ses habitants :
Abu Hosni, toujours à écoper l’eau qui envahit sa masure, Om qui arrive à cuire son pain par tous les temps, Adel et Gada, jeune couple tiraillé entre affection et amertume, Kattab l’épicier placide, Hassan qui a le charme canaille des « ragazzi » pasoliniens... Adversité, défiance, violence parfois. Pauvreté toujours. Mais surtout, surtout, vitalité.
Art extraordinaire de la survie quotidienne. Rituels collectifs – mariages, naissances et autres agapes – où se révèlent le goût de la fête, un sens aiguisé de l’humour,
et à travers joutes oratoires et musicales, une incroyable science du verbe et du rythme… En 2007, le site de Mafrouza a été entièrement rasé.
Les images tournées par Emmanuelle Demoris pendant deux ans sont donc tout ce qu’il en reste. Elles ont été présentées pour la première fois dans leur intégralité
au Festival de Locarno 2010.
Grâce à une initiative des Rencontres à l’échelle soutenue par les Rencontres d’Averroès et le Gyptis, cette intégrale sera présentée dans le sud de la France pour la première fois, ce dimanche 6 novembre. Une expérience forte !
(légende photo : « La Main du papillon » - © DR.)

DIMANCHE 6 NOVEMBRE
MARSEILLE
THÉÂTRE GYPTIS DE 10 H À MINUIT
Projection de l’intégrale de « Mafrouza »,
un documentaire en 5 partie
d’Emmanuelle Demoris [France, 12 h 15] :
Oh la nuit ! [2007]
Coeur [2007]
Que faire ? [2010]
La Main du Papillon [2010]
Paraboles [2010]
[chacun de ces 5 film peut être vu de façon autonome, des temps de pause seront proposés tout au long de la journée].
Une projection proposée par Les Bancs Publics, dans le cadre des Rencontres à l’échelle, en partenariat avec le Théâtre Gyptis & Espaceculture_Marseille.

MERCREDI 16 NOVEMBRE
AIX-EN-PROVENCE
LIBRAIRIE FORUM HARMONIA MUNDI À 19 H
Rencontre/lecture avec Kamel Daoud [chroniqueur, journaliste & écrivain] pour « Le Minotaure 504 », éditions Sabine Wespieser éditeur.
Une production Les Bancs Publics, dans le cadre des Rencontres à l’Echelle, en coproduction avec Espaceculture_Marseille et en partenariat avec la librairie Harmonia Mundi.