Les Rencontres vues de France Culture
Propos recueillis par Jeanne Baumberger

Interview d'Emmanuel Laurentin

France Culture est partie prenante des Rencontres d’Averroès depuis la première édition, en 1994.
Ce partenariat permet notamment la retransmission différée des tables rondes sur l’antenne.
L’animation des débats est par ailleurs confiée à des journalistes de la chaîne.
Emmanuel Laurentin, qui effectue ce difficile exercice depuis plus de 10 ans nous livre ici ses impressions.


Comment vivez-vous les Rencontres d’Averroès depuis que vous y participez ?
Emmanuel Laurentin : Concrètement, Thierry Fabre m’associe à leur préparation et au choix des thématiques.
Sur le fond, une chose me frappe : au tout début, lorsque je n’étais encore que témoin de ces tables rondes,
et même quand j’ai commencé à y travailler il y a une dizaine d’années, les problématiques euro-méditerranéenne constituaient encore un sujet périphérique.
C’est devenu une question géopolitique centrale.
L’intuition de Thierry Fabre a donc été confirmée par l’histoire et l’actualité !
Il est d’ailleurs fréquent d’entendre pendant les Rencontres les prémices de ce qui se dit plus tard dans d’autres sphères. La question du rapport des sociétés arabes à la démocratie y a, par exemple, été débattue avant que ne surviennent les révolutions de ces derniers mois, avec les commentaires qu’elles ont suscités.

Le fait que le public assiste aux débats et y participe vous semble-t-il important ?

E. L. : Absolument ! Il est un besoin citoyen que les médias laissent tout à fait insatisfait : celui d’écouter, de débattre, de poser des questions, d’interpeler,
de prolonger la réflexion en discutant avec les autres ou en lisant. Les Rencontres répondent à ce besoin, et ce côté « université populaire » me paraît essentiel.
Je note d’ailleurs qu’il y a à Marseille une culture particulière de la prise de parole. Si je compare avec ce qui se passe à Montpellier, où j’anime également des débats
pour les Rencontres de Pétrarque, je constate une grande différence.
À Marseille, les questions qui viennent de la salle ne sont pas forcément préparées à l’avance. Le public a une évidente capacité à intervenir très directement sur les questions qui le taraudent !

Y a-t-il des tables rondes qui vous ont laissé un souvenir particulier ?
E. L. : Oui, en 2002, le débat qui a réuni Rashid Khalidi, Ilan Greilsamer, Théo Klein et Alain Joxe sur le thème « politique de la violence, politique de civilisation »
s’est fixé sur le conflit israélo-palestinien et a été particulièrement chaud ! Je revois encore Khalidi et Klein tenter d’éteindre l’incendie, en dépit de leurs positions politiques opposées, face à Greilsamer et Joxe qui tenaient des propos très violents…
L’année de Femmes dans la cité, Letizia Battaglia, cette Palermitaine qui combat la Mafia en photographiant ses crimes, m’avait aussi beaucoup impressionné.
Plus récemment, j’ai été frappé par l’interprétation très différente que donnaient, d’un côté, les spécialistes des mouvements islamistes - observateurs à distance -
et de l’autre, les gens du pays sur le terrain, notamment en Tunisie. Un clivage que l’on a retrouvé tout au long de ces dernières semaines...

(légende photo gauche : Emmanuel Laurentin - F.C. © Christophe Abramowitz - photo droite : Florian Delorme - F.C. © Christophe Abramowitz)


Emmanuel Laurentin animera la première table ronde, vendredi 18 novembre à 15 h
et Florian Delorme la seconde, samedi 19 novembre à 10 h.

• France Culture captera les tables rondes et les diffusera sur son antenne la semaine du 26 décembre, dans l'émission d'Emmanuel Laurentin « La Fabrique de l'histoire »
et dans celle de Florian Delorme « CulturesMonde », ainsi que sur sa web radio.
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