Sous le signe d'Averroès Concert de clôture

Soirée de clôture de la 19e édition des Rencontres d’Averroès
Une soirée d’exception autour de jeunes voix féminines de l’autre rive de la Méditerranée

SAMEDI 24 NOVEMBRE 2012
20 H 30 | ESPACE JULIEN
[39, cours Julien – 6e, Marseille]

Espaceculture_Marseille présente
EMEL MATHLOUTHI
Emel Mathlouthi [chant & guitare] | Zied Zouari [violon & chœurs] | Imed Alibi [percussions & chœurs] | Emmanuel Trouve [machines]

Ire partie
Djazia Satour 
• Discographie
Klami, Label Djazia Satour 2010 [édition Wagram Publishing – Distribution Musicast]
Nouvel album prévu en 2013
• Plus d’infos, extraits sonores, vidéos :
www.djaziasatour.com

Un concert produit par Espaceculture_Marseille, en collaboration avec Le Cri du Port & l’Espace Julien.

La musique monde d’Emel Mathlouthi


[Propos recueillis par Fred Kahn]

Emel Mathlouthi n’est pas qu’une musicienne fascinante et une voix qui nous prend aux tripes.
Quand elle parle de sa vocation et de ses engagements, on découvre aussi une femme qui a su conquérir sa liberté.
Entretien avec une artiste tunisienne citoyenne du monde…

Comment s’affirme la vocation artistique d’une jeune femme tunisienne ?
Emel Mathlouthi : C’était une évidence depuis toute petite. Je savais que je devais m’exprimer par l’art.
J’étais passionnée par le 
théâtre, la danse, le chant. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours chanté.

Vous êtes donc autodidacte ?
E. M. : Oui, complètement. C’est vers l’âge de 15 ans que ma vocation s’est vraiment affirmée.
Je reprenais, au détail près, les 
grandes chanteuses à voix. Ce fut mon école.
Et puis, petit à petit, 
je me suis ouverte au rock, au folk, aux chanteurs dissidents arabes. Ce furent mes années d’apprentissage.
J’apprenais, j’apprenais… 
Et en arrivant à la fac, j’ai commencé à faire de la scène… 

Et comment avez vous imposé vos choix à votre famille ?
E. M. : Il fallait forcer le destin. Rares sont les parents qui ont très envie que leur enfant fasse de la musique son métier principal.

Surtout que j’étais une élève plutôt brillante. J’aurais pu être ingénieur ou architecte. 
Je connais beaucoup d’amis qui n’ont pas pu
réellement faire ce qu’ils voulaient.
Dans la société tunisienne, il
faut obéir aux désirs des parents.
Je n’ai jamais demandé l’autorisation
pour participer à des concerts. C’était mon monde secret.
Mais j’évitais le conflit, la cassure avec mes parents. Surtout avec ma mère qui ne pouvait pas concevoir que je sois chanteuse.
Mais,
petit à petit, mes choix se sont imposés à elle. Elle a fini par accepter que je ne suive pas une voie toute tracée.

Rétrospectivement quel regard portez-vous sur le chemin qui vous a mené à la notoriété ?
E. M. : Ma vie n’a pas changé brusquement du jour au lendemain. À force de travail, j’ai gravi des échelons.
En 2006, j’ai été seconde
du concours Radio Monté Carlo Moyen-Orient. Ce prix m’a donné accès à des réseaux :
RFI, Cultures France… J’ai alors décidé de
venir en France.
Je me suis produite juste avec ma guitare et ma
voix. Je suis née et j’ai grandi sur scène. J’ai, petit-à petit composé mon répertoire.
Puis, j’ai enregistré mon premier disque en autoproduction.
Je le vendais à la fin des concerts.
J’ai rencontré des
gens, je me suis entourée de musiciens.
Mon nom circulait de plus
en plus dans le réseau des musiques du monde. Et à l’été 2010, j’ai participé au festival Les Suds à Arles.
J’y ai rencontré l’équipe de
ma maison de disque. Ils m’ont fait confiance. J’ai pu travailler sur mon disque en toute liberté.
Et c’est vrai que maintenant, j’ai
franchi une étape en terme de notoriété.

Ce premier album témoigne de votre engagement dans la révolution tunisienne.
Avez-vous pensé au risque de vous
retrouver enfermée dans le rôle réducteur du porte drapeau ?

E. M. : Je suis quelqu’un qui réfléchit beaucoup trop, mais là, je n’ai pas calculé. Je me suis laissée porter par la vague des événements.
J’ai mis mon coeur, mes émotions, mes pensées les plus profondes et les plus intimes dans ce disque.
Je me suis livrée à ma
musique comme on se livre à son thérapeute.
C’est un honneur
d’émouvoir des gens à travers une chanson.
Ils ont besoin de
discours humanistes. Il suffit d’observer le mouvement des Indignés qui traverse la planète,
on sent à quel point il est nécessaire
d’être engagé.
C’est une force. Mais en même temps, je ne me
limiterai jamais à cette dimension politique.
Je ne veux pas être
instrumentalisée pour une cause aussi juste soit-elle.
J’ai besoin de
préserver ma liberté. La chose la plus précieuse pour un artiste, c’est sa liberté.

Ce disque est en effet autant politique que poétique. Le juste équilibre ne doit pas être facile à trouver ?
E. M. : Un artiste est complexe. Il n’emprunte jamais une seule direction.
Je suis concernée par le monde, mais cet engagement ne
doit pas être une prison.
L’engagement c’est aussi emmener les
gens dans des états différents.
Certaines chansons de mon
prochain album seront très abstraites et ne feront pas du tout référence à des événements politiques.

Vous associez des univers et des influences très diverses. Comment se construit cette alchimie ?
E. M. : J’ai toujours eu la volonté de confronter mon identité arabo-orientale à tout ce que j’entendais dans le rock,
dans la pop
et dans les musiques électroniques.
Il y a eu également des rencontres
déterminantes avec des musiciens qui m’ont ouvert leurs horizons artistiques.

Vos chansons apparaissent à la fois très construites et très instinctives…

E. M. : Je n’ai jamais étudié la musique et j’ai été baignée par des influences très différentes.
Je ne m’impose aucune contrainte.

Mais derrière cette intuition, il y a une logique bien établie, même si elle m’échappe.
Quand on compose, il y a quelque chose qui travaille
à l’intérieur de soi, dans le corps et dans la tête.
Alors, la
musique prend une direction bien particulière. La composition n’arrive pas par hasard, on suit une direction.
Vous vous produisez sur scène avec quatre autres musiciens.

Peut-on parler d’un esprit de groupe ?
E. M. : Je connais ces musiciens depuis très longtemps. Karim Attoumane, le guitariste, est comme mon alter ego.
Il a produit
deux chansons sur mon album.
C’est vraiment quelqu’un de très
important pour moi. Le percussionniste m’accompagne aussi depuis quelques années.
On a traversé les premières galères

ensemble. J’ai également connu Zied Zouari, le violoniste en France, il y a deux ans. Emmanuel Trouvé aux machines et au clavier,
nous a rejoint en novembre dernier pour la tournée de

l’album.

Que représente un concert pour vous ? Cette expérience « live » semble vous transcender.
E. M. : L’énergie des musiciens en concert dépend beaucoup de la mienne.
Quand je suis vraiment à fond, il y a comme une toile
d’araignée qui s’étend et qui nous englobe tous.
Il se produit
parfois des choses incroyables. Nous n’avons pas peur d’improviser.
Il m’arrive de changer des choses cinq minutes avant de monter sur scène, ou parfois même pendant le concert.
J’ai besoin
d’être entourée de musiciens qui me comprennent très vite, qui réagissent dans l’instant et qui n’ont pas peur des défis.
Nous ne
sommes jamais dans la reproduction, car chaque public dégage une énergie et une intensité différentes.

(© crédit photo : Azza BŽji & Gaith)

par Rémy Kolpa Kopoul [conneXionneur]

« L’électro-choc Emel Mathlouthi protest singer à la voix de jasmin.

29 janvier 2011, la rue tunisienne est en ébullition, Ben Ali s’est enfui, les lendemains chantent... encore et toujours. Emel Mathlouthi aussi. À Paris dans les studios de Radio Nova, lors d’une longue soirée spéciale « Nova écoute la Tunisie », dès qu’elle attaque Ya Tounes Ya Meskina avec sa seule guitare, ça crépite en simultané sur les réseaux sociaux. Les messages tombent en rafale : ma belle Emeeeeeeeeel, Enorme talent, Princessssssssssssssssssssssse, Très beau ! Bravo Emel, Ça tue, Emel Mathlouthi ne s’est jamais cachée, au contraire, elle et beaucoup d’artistes ont été les pionniers qui ont soutenu la liberté d’expression. Impressionnant. Début 2012, un an plus tard paraît Kelmti Horra [Ma parole est libre]. Un cri du cœur qui transcende les époques de la Tunisie. La chanson-titre, sorte de pied de nez à une époque où la liberté était surveillée, est, dès 2008, devenue grâce à un buzz fulgurant sur le net une sorte d’hymne informel du soulèvement populaire, et garde son acuité en cette période d’incerti- tudes. L’album, lui, promet d’être la pierre angulaire d’une musique qui dépasse de loin la Tunisie. Car Emel est méditerranéenne et urbaine. Dix titres ciselés sur tapis volant avec parures electro. Tempérament de feu, regard braisé et voix irradiante, Emel est sur orbite planétaire. Tout commence dans sa cité de la banlieue de Tunis, Emel a des rêves d’art... et des études aux antipodes : archi, maths, ingénieur. C’est plutôt le rock qui la tente, à l’époque [début des années 2000], pas question pour elle de chanter en arabe. Avec son groupe de fac, elle fraie avec le gothique [!]. Elle trippe aussi Pink Floyd, est fascinée par Dylan et s’entiche de Joan Baez. Tandis qu’à la maison, elle se nourrit de classique, de jazz et de... Cheikh Imam, le troubadour protest singer égyptien. En 2005, ses amis l’incitent à reprendre le chantre palestinien Marcel Khalifé, du coup elle met en musique le poète Mahmoud Darwich et commence à écrire ses textes. En arabe : Palestine, droits de l’homme chez elle, dans une Tunisie sous surveillance mais pas silencieuse pour autant, la voix d’Emel porte, elle monte son groupe et se produit à El Teatro, emblématique lieu alternatif toléré, mais elle commence à souffrir d’intimidations, on la menace d’interdiction vu ses activités dans les syndicats étudiants. Elle n’a pas accès à la radio ou la télé d’état mais elle est lauréate du concours RMC Moyen Orient 2006, et c’est en Jordanie qu’elle chante pour la première fois toutes ses compositions en arabe.

La voilà parisienne en 2007, elle se forge un répertoire, principalement en arabe, se perfectionne au Studio Cité des Arts et s’attaque à un premier disque, un mini album auto-produit avec violoncelle. Grâce à Culture France, elle court le monde, Equateur, Georgie, Yemen et... Paris, où RFI la programme pour son plateau annuel à la Fête de la Musique avec, excusez du peu, Yaël Naïm, Asa et Hindi Zahra ! Pendant que sa vidéo live de Kelmti Horra tournée à la Bastille court sur le net dans une Tunisie où couve la révolte, elle collabore au groupe dub rock Meï Teï Shô, rencontre aussi bien Tricky que CharlElie Couture. Elle se fait remarquer dans de petits lieux parisiens [Entrepôt, French K-wa], sur les scènes des festivals Digital Bled à Paris et Les Suds à Arles. Surtout, elle se forge un répertoire qu’elle affûte en vue d’un vrai premier album. Kelmti Horra, ce sont dix perles principalement en arabe [tunisien et littéraire], avec escapades en français et en anglais, produites par Emel elle-même, une gageure pour un premier opus. Elle l’a construit et fignolé avec la complicité d’une bande de musiciens qu’elle a soigneusement choisi pour chaque titre. Des chansons largement inspirées de moments-clé de sa vie et du monde, avec un art consommé de sublimer les tourments, de grimer les souffrances en rêves. Mur de voix [elle en a empilé jusqu’à quatre-vingts !], déferlantes de cordes entre mélopées orientales et pizzicati du classique d’ici, foultitude de percussions saupoudrées à l’infini, tout cela avec une mise en sons futuriste, voici le disque d’une irrépressible bâtisseuse. Sur la fange des turpitudes pousse, obstinément, le jasmin. Emel Mathlouthi, tempérament incandescent, en est une voix majeure et singulière. Un életrochoc de Tunisie [et de Paris] pour le reste du monde. »

• Discographie 
Kelmti Horra, Label World Village, janvier 2012 [Distribution Harmonia Mundi]

• Plus d’infos, extraits sonores, vidéos : emelmathlouthi.com 


(© crédit photo : Didier Gaillard-Hohlweg)

C’est dans l’Alger des années 80, où elle grandit, que Djazia Satour exerce son oreille aux airs de l’opéra, de la pop music des années 60 et du chaâbi. Elle chante ses premières notes sous ces influences mêlées. Arrivée à Grenoble en 1990, elle a tôt fait de connaître ses premières expériences musicales et c’est une voix, une personnalité singulières qui transparaissent déjà. Elle n’a que 19 ans lorsque le groupe MIG se forme autour d’elle. Il deviendra pendant six ans un incontournable de la scène électro française. L’adhésion du public et des médias à l’égard du groupe devra beaucoup à l’identité artistique que Djazia lui confère.Deux années sont passées depuis qu’elle a entrepris de façonner son nouveau répertoire solo et de retrouver la scène et le studio. Lauréate du Fair pour l’année 2011, elle reçoit une véritable reconnaissance de la profession.Elle signe aujourd’hui, avec la complicité de ses musiciens et la collaboration de Fafa Daïan à la réalisation artistique, un premier EP de 6 titres, Klami, qu’elle auto-produit entièrement.
 S’affranchissant des contraintes de style, Djazia nous livre une fusion des genres qui s’affirme comme sa marque de prédilection. Elle chante en arabe et en anglais des mélodies aux accents blues et nu-soul [KlamiVoodoo Night]. Avec Stories et Unknown, sa voix solaire se saisit des musiques black américaines et les porte hors des sentiers battus… Lorsqu’elle se réapproprie les rythmes traditionnels maghrébins dans Temet Liyam, c’est pour y ajouter une touche dont elle seule a le secret. M’sira, dernière pépite de ce disque, fait résonner un groove arabe inédit dans un écrin de cordes inattendu.
Ce premier disque a bien le goût d’une liberté artistique explosive et sans concession, se donnant, en guise de cap, une inspiration qui se renouvelle à chaque pas et qui est à découvrir…

• Discographie
Klami, Label Djazia Satour 2010 [édition Wagram Publishing – Distribution Musicast]

• Plus d’infos, extraits sonores, vidéos : www.djaziasatour.com

 



• Tarifs : 18 €
- 26 ans, bénéficiaires de minima sociaux, Carte Pass’à Musiques : 15 €• Billetteries :
 -> Espaceculture_Marseille 04 96 11 04 61
[vente au guichet et par téléphone, du lundi au samedi de 10 h à 18 h 45 | 42 La Canebière, 1er], en ligne sur espaceculture.net
 -> Digitick.comEspace Julien
39, cours Julien – 6e, Marseille
www.espace-julien.com Une production Espaceculture_Marseille, en collaboration avec le Cri du Port et l'Espace Julien.

 
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