Exposition « Pour mémoire[s] »


TABLE RONDE


VENDREDI 7 DÉCEMBRE,17 H

Photographies de studio, archives, objets de mémoire(s) : des images sans statut ?
Présentée par Erik Gudimard et Julie Kretzcshmar, la table ronde est modérée par Nicolas Feodoroff, critique d'art et de cinéma.
En présence de Armand Deriaz (photographe, fonds Lazhar Mansouri), Rachid Koraichi (peintre algérien), Grégoire Keussayan (studio Rex),
Marie Noëlle Perrin (Attachée de conservation du patrimoine aux archives municipales de Marseille) et Laurence Americi
(Maître de conférences en Histoire contemporaine à l'Université d'Aix-Marseille).lieu : amphithéâtre campus saint charles (suivre le fléchage).

 


Marseille


L’époque où l’on prenait la pose…

Installée dans l’Espace Pouillon, l’exposition « Pour mémoire[s]. Photographies de studio, Marseille – Les Aurès » met en regard deux fonds de photographies 
de studio des années 60-70. L’un, celui de Grégoire et Assadour Keussayan du studio Rex installé Porte d’Aix, à Marseille.
L’autre, celui de Lazhar Mansouri qui « tirait le portrait » des villageois des Aurès. Une plongée étonnante dans deux micro-sociétés !

Voilà maintenant trois ans que, d’octobre à décembre, les Bancs Publics [dans le cadre des Rencontres à l’Échelle], les Ateliers de l’Image 
et les Rencontres d’Averroès coproduisent ensemble une grande expo photo en rapport avec le monde méditerranéen. 
La proposition se veut à chaque fois différente.
Après les clichés « amateurs » pris par Pierre Bourdieu, alors jeune enseignant à la Faculté d’Alger, entre 1958 et 1961, puis le travail très actuel
du talentueux plasticien Mehdi Meddaci, c’est l’univers de la photo de studio et du portrait posé qui est exploré cette année.
Un genre quasiment disparu, décliné ici à travers les travaux de deux photographes à peu près contemporains, aussi modestes l’un que l’autre,
mais ayant exercé de part et d’autre de la Méditerranée. Le premier, Lazhar Mansouri, dans une bourgade des Aurès, le second, Grégoire
Keussayan à Marseille, dans le quartier de la Porte d’Aix. « Des éclairages succincts, quelques petits accessoires servant de décor, un ou deux fonds, 
des cadrages en pieds ou en buste : ces clichés sont très caractéristiques de la photo de studio telle qu’elle s’est pratiquée jusqu’à la fin des années 70 »,
commente Erick Gudimard, des Ateliers de l’Image. « Mais paradoxalement, on ne sait pas quel statut leur attribuer ! 
Ces images dressent bien le portrait d’une micro-société, quartier ou village, mais ne sont pas suffisamment référencées pour s’inscrire 
dans une véritable démarche ethnologique. 
Et si l’on y sent souvent un souci de mise en scène [qui peut d’ailleurs être attribuable au client autant qu’au photographe] on ne peut pas dire 
non plus qu’elles relèvent d’une intention artistique délibérée. »
Pour le visiteur, cette exposition à double regard suscitera une foule de questions. Comment la culture et la personnalité des deux photographes
s’est-elle exprimée à l’intérieur d’un genre extrêmement codé ? Que nous racontent ces images de leur époque ? Quel rôle et quelle place leur
accorder aujourd’hui ? Une chose est sûre : le temps a conféré à ces portraits un étonnant pouvoir de fascination !

Grégoire Keussayan avait son magasin Porte d’Aix, à Marseille. Lazhar Mansouri tenait boutique dans une petite bourgade des Aurès. 
Pour la première fois, une exposition met en regard la production de ces
deux modestes artisans-photographes qui, au cours des années 60-70,
ont travaillé dans le même esprit…
et fait de la sociologie sans le savoir ! Car leurs clichés reflètent à la fois une époque et un milieu de façon
extraordinairement vivante, et souvent inattendue. Ouverte au public jusqu’au 8 décembre, l’exposition Pour mémoire [s]. Photographies
de studio Marseille - les Aurès est pleine de fantaisie, de sujets d’étonnement,
et enchante les visiteurs par son charme primesautier !

Notre journal # 1 s’était déjà fait l’écho de l’exposition Pour mémoire[s]. Photographies de studio Marseille - les Aurès, présentée à l’Espace
Pouillon* jusqu’au 8 décembre. Nous y revenons aujourd’hui pour évoquer les réactions des premiers visiteurs, totalement sous le charme !

Rappelons d’abord qu’elle réunit pour la première fois, grâce aux efforts conjoints des Ateliers de l’Image, des Bancs Publics et d’Espaceculture,
la production de deux
artisans-photographes qui, jamais, n’avaient imaginé passer ainsi à la postérité : le Marseillais Grégoire Keussayan et l’Algérien
Lazhar Mansouri. L’un et l’autre ont travaillé toute leur vie dans leur magasin respectif : le Studio Rex, près de la Porte d’Aix, pour le premier
[qui, bien qu’à la
retraite, n’a pas voulu fermer boutique et fait toujours des photos d’identité !] et l’arrièrefond de l’épicerie du village d’Aïn Beïda pour le
second. Bien entendu, les deux hommes ne se sont jamais rencontrés, et ce n’est qu’à l’occasion de cette exposition que Grégoire Keussayan
a découvert la production de son
confrère algérien, décédé en 1985. Mais – les visiteurs le soulignent volontiers – les points communs sont nombreux :
quasiment contemporains
[on est ici en plein triomphe du col « pelle à tarte », des pantalons « pattes d’eph’ » et de la minijupe], ils ont photographié année
après année une clientèle composée exclusivement de gens modestes, n’ont eu d’autre ambition que d’exercer leur métier le mieux
possible, avec amour et, pour reprendre les propres termes de Grégoire Keussayan, « dans le même esprit. »
 
Les grands moments de la vie

Cet esprit, c’était celui qui prévalait alors dans le portrait posé, avec ses canons, ses codes, mais aussi ses singuliers espaces de liberté.
« Les gens venaient se faire photographier essentiellement pour garder le souvenir d’un moment important de leur vie. C’était un acte important,
explique le maître du Studio Rex. « Pour mes clients, dont beaucoup étaient des immigrés, c’était aussi un moyen de dire à la famille restée au
pays que tout allait bien. » [Dans l’exposition, on peut même voir un homme brandissant fièrement son livret de Caisse d’Epargne !].
« Aujourd’hui, n’importe quel portable permet de faire des photos, poursuit le photographe. Le geste est devenu d’une grande banalité.
Le résultat
aussi. Mais à l’époque, la photographie était sacralisée ! D’ailleurs, beaucoup de mes clients se mettaient à parler à voix basse,
comme dans un sanctuaire,
dès qu’ils entraient dans le studio. »
Il est en tout cas frappant de voir que loin d’être anecdotiques, les photos exposées sont au contraire chargées de sens, que les personnes
représentées ont, à l’évidence, la ferme volonté de signifier quelque chose les concernant, de s’affirmer comme ceci ou comme cela.
« Il n’était pas question d’imposer, ou même de suggérer, un geste ou une attitude, explique Grégoire Keussayan.
Pratiquement tous les
clients arrivaient en ayant déjà en tête la pose qu’ils voulaient prendre. Beaucoup se changeaient
dans l’arrière-boutique, spécialement pour la photo. Ils mettaient leurs vêtements du dimanche ou leur costume traditionnel et se rechangeaient
avant de ressortir. Il n’était pas rare non plus qu’ils amènent les objets avec lesquels ils voulaient être photographiés ; et ils choisissaient aussi parmi les
accessoires dont je disposais. » La grille en fer forgé, qui apparaît sur de nombreuses photos de l’exposition, était une des choses qui plaisait le
plus ! On aura compris que cette exposition insolite, chargée de tendresse et de surprises, n’est à rater sous aucun prétexte !
Et rien n’empêche
le visiteur qui dispose d’un peu de temps, de pousser ensuite jusqu’à la rue Bernard du Bois pour découvrir le vénérable Studio Rex.
Avec un peu de chance, il y rencontrera
Grégoire Keussayan qui a mille et une anecdotes à raconter...

* L’Espace Pouillon se trouve dans la Fac Saint-Charles, immédiatement à gauche après la grille d’entrée.


(photo : Vues de l’exposition © José Echenique / Les Ateliers de l’Image)



Il était une fois le Studio Rex

Nous sommes en 1933 quand Assadour Keussayan, natif d’Arménie, ouvre une échoppe au 11 place Jules Guesde, 
à Marseille, à l’enseigne de Photo Rex, et commence à tirer le portrait aux gens du quartier pour les « grandes occasions ». 
Vingt ans plus tard, il déménage un peu plus loin, rue Bernard-du-Bois, sans que sa pratique s’en trouve modifiée.
En 1965, lorsqu’il refait le magasin, il décide toutefois de le rebaptiser Studio Rex, nom qui lui restera définitivement.
À cette même époque, son fils Grégoire commence à travailler avec lui, de même que sa fille, Germaine, 
chargée des retouches… Les années passent… Désormais, Grégoire officie seul. Mais toujours avec la vénérable 
chambre photographique Dubessay, qui date du début du siècle ! Et les accessoires qui agrémentent les portraits – 
guéridon, fleurs artificielles, sellette, grille en fer forgé – semblent eux aussi éternels…

Le petit monde de la Porte d’Aix

Des milliers de clichés plus tard, Grégoire Keussayan arrive à son tour à l’âge de la retraite. 
A-t-il conscience à ce moment-là que la production du Studio Rex représente un
incroyable [et émouvant] témoignage de la vie autour de la Porte d’Aix pendant plus d’undemi siècle ? 
Pas vraiment. Comme tous les photographes de quartier, il a régulièrement jeté ses négatifs « pour faire de la place », 
n’a jamais tenu de répertoire chronologique, ni conservé le nom de ses clients. Malgré tout, quand il cesse son activité, 
il lui reste encoreune quinzaine de boîtes contenant environ 1600 négatifs datant, pour l’essentiel, des années 60.
Rescapées de l’oubli, ces photos sont aujourd’hui matière précieuse : elles dessinent en effet d’exceptionnelle 
façon la sociologie du quartier Belsunce à cette période. *
Des communiants en aube, des mariés souriants et des bébés dodus sur leur peau d’ours y voisinent avec des hadjs 
posant fièrement à leur retour de La Mecque, des Sénégalais jouant les élégants, des Comoriens en costume traditionnel, 
des ouvriers aux chaussures poussiéreuses, des groupes de copains dans une attitude « relax », des familles complètes pomponnées
de pied en cap, des hommes en tenue de chasse, des musiciens avec leurs instruments, des militaires en uniforme, 
et même des « danseuses de cabaret ».
Une soixantaine de photos extraites de ce fonds seront présentées à l’occasion de cette exposition. 
Toutes proviennent des Archives Municipales qui ont acquis les fameux 1600 négatifs auprès de Grégoire Keussayan en 2006… 
Une fabuleuse plongée au coeur de la Porte d’Aix dans les années 60 !





Lazhar Mansouri,

40 ans de photo dans les Aurès

Né en 1932 à Ain Beida, une petite bourgade de Kabylie, Lazhar Mansouri avait toutes les chances 
de rester anonyme et de voir son travail disparaître avec lui.
Cet homme qui avait appris les rudiments de la prise de vue auprès d’un photographe forain a en effet exercé 
toute sa vie dans un studiosommaire, séparé de l’épicerie du village par un mur de sacs de sel ! Seulement voilà : 
à partir des années 50 et jusqu’à sa mort accidentelle en 1985, c’est tout le village qui a défilé, pour une occasion 
ou pour une autre, sous ses spots bricolés dans des boîtes de lait Guigoz ! Et comme dans le cas du Studio Rex 
[cf. ci-contre] ces quarante ans de photos constituent aujourd’hui un témoignage exceptionnel, 
doublé de cette dimension artistique, indéfinissable et charmeuse, qui, en peinture, est l’apanage des Naïfs.


Grâce à des « découvreurs »…

Le premier à avoir mesuré l’importance de Lazhar Mansouri, c’est un autre photographe kabyle, Mohand Abouda,
qui n’a eu de cesse que de le faire connaître.
Du vivant de Mansouri, il a noté ses propos sur son travail. Puis il a mis à l’abri, dans sa propre maison, 
plus de 10 000 négatifs que le fils du modeste photographe d’Ain Beida s’apprêtait à brûler ! 
Il a ensuite publié Aouchem ou la mémoire à fleur de peau*, un livre qui rassemblait les impressionnants portraits 
de femmes au visage couvert de tatouages traditionnels réalisés par Mansouri. 
Et pour finir, il a porté ce travail à l’attention du photographe suisse Armand Deriaz et de son compatriote 
Charles-Henri Favrod, le créateur du Musée de l’Elysée à Lausanne. 
Qui, enthousiastes, sont devenus « les seconds découvreurs » de Mansouri : les deux hommes n’ont pas hésité à traverser 
une Kabylie alors en état insurrectionnel afin de sélectionner 400 images puis de produire 120 tirages photographiques 
qui circulent depuis à travers toute l’Europe !
Les clichés présentés à Marseille sont extraits de cette collection. Ce qui en ressort en premier lieu, et ce qui fait de Lazhar Mansouri, 
par-delà les conventions du portrait posé, un photographe profondément algérien, c’est la cohabitation – souvent confondante 
pour un oeil européen – entre tradition et modernité.
Mais le plus frappant est qu’à côté de l’incontournable solennité de certains portraits, Mansouri manifeste souvent une liberté
de ton primesautière, un penchant pour la fantaisie qui le rapproche de ses confrères d’Afrique noire. 
L’imagination était au pouvoir dans son minuscule studio !

* Paru aux éditions Noir sur Blanc, [épuisé].
 


L’époque où l’on prenait la pose…

Découvrez l’Espace Pouillon !

Sauf à avoir été étudiant à la Fac Saint-Charles, le Marseillais connaît mal – ou même pas du tout – l’Espace Fernand Pouillon. Et pour cause.
Le lieu se trouve à l’intérieur de la Bibliothèque Universitaire que le célèbre architecte a conçue dans les années 50, au moment de l’édification
du campus. Pouillon avait imaginé cet espace – auquel on a plus tard donné son nom – comme un parcours introductif à la salle de lecture proprement dite.
Pendant longtemps, l’Université d’Aix-Marseille l’a utilisé essentiellement pour ses propres manifestations. Elle l’ouvre aujourd’hui à d’autres
acteurs culturels, avec la volonté de s’associer plus directement à la vie de la cité. L’accueil de l’exposition Pour mémoire[s].
Photographies de
studio, Marseille – Les Aurès participe de ce désir d’ouverture.

À la rencontre des protagonistes

Le 7 décembre, une table ronde réunira Grégoire Keussayan, l’âme du Studio Rex, l’archiviste Marie-Noëlle Perrin, qui a procédé au classement
et à la description du fonds Keussayan lors de son acquisition par la Ville, et le photographe suisse Armand Deriaz, l’un des « découvreurs » de Lazhar Mansouri.



26 OCTOBRE AU 8 DÉCEMBRE
MARSEILLE
ESPACE FERNAND POUILLON,
CAMPUS SAINT-CHARLES

VERNISSAGE JEUDI 25 OCTOBRE À 18 H
« Pour mémoire[s]. Phoptographies de studio, Marseille – Les Aurès »
Studio Lazhar Mansouri [Algérie] & Studio Rex [Porte d’Aix, Marseille]

Une exposition produite par Les Bancs publics* lieu d’expérimentations culturelles dans le cadre des « Rencontres à l’échelle », 
les Ateliers de l’Image & Espaceculture_Marseille dans le cadre des Rencontres d’Averroès, avec le soutien de l’Acsé, 
en partenariat avec l’Université d’Aix-Marseille & les Archives Municipales de Marseille.
Commissariat d’exposition : Les Bancs publics & les Ateliers de l’Image.

• Du mardi au vendredi de 15 h à 19 h, samedi de 10 h à 13 h, entrée libre
Visites de groupes & scolaires [visite commentée ou atelier-médiation]
sur rendez-vous auprès des Ateliers de l’Image, 04 91 90 46 76 ou à : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Studio de prise, sous la direction d’un photographe, ouvert au public le samedi de 11 h à 13 h
[inscription sur place]


TABLE RONDE
VENDREDI 7 DÉCEMBRE,
17 H
Photographies de studio, archives, objets de mémoire(s) : des images sans statut ?
Présentée par Erik Gudimard et Julie Kretzcshmar, la table ronde est modérée par Nicolas Feodoroff, critique d'art et de cinéma.
En présence de Armand Deriaz (photographe, fonds Lazhar Mansouri), Rachid Koraichi (peintre algérien), Grégoire Keussayan (studio Rex),
Marie Noëlle Perrin (Attachée de conservation du patrimoine aux archives municipales de Marseille)
et Laurence Americi
(Maître de conférences en Histoire contemporaine à l'Université d'Aix-Marseille).

lieu : amphithéâtre campus saint charles (suivre le fléchage)

Renseignements : Espaceculture 04 96 11 04 61,
Les Bancs publics, www.lesrencontresalechelle.com


L'exposition « Pour Mémoire[s] » a été rendue possible grâce à l'action et l'intervention de nombreuses personnes que nous tenons à remercier, notamment :
Martine Mollet, Mohand Abouda, Charles-Henri Favrod, Armand Dériaz, Rachid Koraïchi, Martine Derain, Marie-Noëlle Perrin, Isabelle Aillaud, Sylvie Clair & Evelyne Borghiero.
 

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