Emissions France Culture en écoute
Cultures monde par Florian Delorme
qui se déroulera du 20 octobre au 3 décembre 2011
« L’EUROPE ET L’ISLAM : LA LIBERTÉ OU LA PEUR ? »
• Trois tables rondes pour penser la Méditerranée des deux rives
18 & 19 novembre 2011 Auditorium du Parc Chanot [8e]
Ire table ronde « Entre l’Europe et l’Islam : histoires de conquêtes ou passé commun ? »
2e table ronde « Islams d’Europe : montée des tensions ou reconnaissance mutuelle ? »
3e table ronde « Un rendez-vous des civilisations : utopie sans lendemain ou promesse d’avenir ? »
• Les 2 journaux de la 18e édition à télécharger
- journal 1 - Programme sous le signe d'Averroès (première partie)
- journal 2 - Les tables rondes et la suite du programme sous le signe d'Averroès (deuxième partie)
Interview
Pourquoi l’Europe a-t-elle de plus en plus peur de l’Islam ? Le
« Printemps arabe » peut-il modifier la donne ?
En choisissant
ce thème brûlant pour l’édition 2011, Thierry Fabre entend plus
que jamais organiser la controverse !
Les prochaines Rencontres d’Averroès auront lieu les 18 et 19
novembre au parc Chanot, à Marseille, précédées, comme d’habitude,
d’une programmation qui se déploiera, un mois durant,
dans toute la région. Le thème 2011 – L’Europe et l’Islam.
La liberté
ou la peur ? – laisse présager de vifs débats ! La place de l’Islam
dans les sociétés européennes n’a en effet jamais
été aussi
discutée, et même aussi ouvertement contestée qu’aujourd’hui.
Du moins si l’on se fie aux sondages et aux résultats électoraux
récents.
C’est précisément parce que la liberté et la peur sont au coeur du
débat que Thierry Fabre, le concepteur des Rencontres, a jugé
nécessaire, sans plus tarder, d’ouvrir la discussion et d’organiser
la controverse. Il s’en explique ici.
En choisissant comme thème en 2011 « L’Europe et l’Islam.
La liberté ou la peur ? », vous mettez résolument le doigt dans
la plaie ! Qu’est-ce qui vous a poussé
à faire ce choix ?
Au départ, je pensais plutôt traiter de la Méditerranée créatrice !
Et puis, en décembre dernier, j’ai été stupéfait en lisant une
enquête Ifop pour Le Monde. Elle révélait que 40% des Français et
des Allemands estimaient que la communauté musulmane représentait
« plutôt une menace sur l'identité du pays ». 60% des sondés désignaient
parallèlement cette communauté comme responsable de
l’échec de l’intégration, notamment « en raison de son rejet des
valeurs occidentales ».
L’enquête avait également ceci d’intéressant
qu’elle comparait ces pourcentages avec ceux de 2001 et 1994 sur
les mêmes sujets : la montée de la peur était considérable, une
profonde défiance se manifestait de façon croissante dans les
représentations.
Il m’a donc paru nécessaire que l’édition 2011 se penche sur la
question des relations entre l’Europe et l’Islam, selon le beau titre
du livre publié jadis par l’historien Hichem Djaït [Le Seuil, 1978].
Qu’en est-il des interactions entre ces deux ensembles, qui ne
sont pas des blocs ? Quelles sont les formes de proximité ou de
distance, de rejet ou de projet qui président
à ce système relationnel,
à la fois dans le temps long de l’histoire et dans l’actualité,
liée à la présence des musulmans en Europe.
Il existe de profondes
incompréhensions, parfois de vives tensions, mais pas seulement
! Ce serait trompeur de ne regarder ces relations qu’au
seul prisme du conflit… Même si, bien sûr, et le sondage du
Monde le montre avec éloquence, la tension est palpable. Ce
faisant, d’ailleurs, les Rencontres d’Averroès restent fidèles à leur
vocation : affronter les questions qui posent problème, croiser les
regards et les points de vue, tout ceci dans l’espoir d’y voir plus clair !
Vous-même, comment analysez-vous cette montée de la peur ?
J’y vois quelque chose d’irrationnel et de très profond, le besoin
de désigner un bouc émissaire qui permet d’expulser les maux
dont souffrent nos sociétés.
Des tourments qui sont d’ailleurs
bien réels, sur le plan économique et social, sans compter le phénomène
de vieillissement démographique en Europe, qui joue
sans doute un rôle. Mais ce ne sont que des bribes de réflexion.
Les Rencontres 2011 permettront justement de creuser plus
amplement le sujet.
Le « Printemps arabe » n’est-il pas venu ensoleiller cette
image sombre de l’Islam ?
L’intitulé des Rencontres 2011 indique bien quelle est l’alternative
: la liberté ou la peur ?
La peur, on vient de le voir, s’incarne dans l’inquiétant sondage
de décembre 2010 qui a été pour moi le déclic. Mais, en janvier,
les révoltes et même les révolutions en Tunisie et en Egypte sont
apparues.
Et avec elles, un désir ardent de liberté a surgi du
monde arabe.
La reprise de la parole et de l’espace public par les
citoyens s’est faite avec un courage et une détermination enthousiasmantes.
Il y avait là une forme de joie très palpable,
et pas de
fanatisme.
Ce mouvement, qui renvoie, à mon sens, au Printemps des
peuples de 1848, a pris bien des intellectuels et des commentateurs
patentés au dépourvu.
Les démographes ont été les premiers
à véritablement le pressentir.
Sans doute parce qu’ils étaient
conscients que, dans les sociétés arabes, la forte émergence des
jeunes générations allait fatalement avoir un impact. Un certain
nombre de personnalités de la rive sud en avaient par ailleurs
décrit les signes avant-coureurs. N’oublions pas que lors des
Rencontres d’Averroès de 2006 – sur le thème : « Libertés, Liberté.
Entre Europe et Méditerranée » – nous avions, par exemple, invité
Sana Ben Achour, grande juriste et militante tunisienne pour la
démocratie, et ses propos avaient été annonciateurs de ce qui est
advenu cet hiver. De son côté, le romancier égyptien Alaa El-
Aswany, l’auteur de L’immeuble Yacoubian, a bien des fois souligné
que l’islamisme n’était pas une maladie, mais le symptôme d’une
maladie qui rongeait le monde arabe et qui s’appelait la dictature.
Les prémisses existaient donc.
Si, en Europe, beaucoup n’ont pas
su ou voulu les voir, c’est parce qu’ils restaient obstinément sur
des schémas de pensée hérités des années Bush : une vision essentialiste
de ce monde, voué à l’immobilisme, à l’obscurantisme, à
« l’islamo-fascisme », porteur du choc des civilisations…
Le 11
février au Caire, sur la place Tahrir, nous a fait enfin sortir du
paradigme du 11 septembre !
Les événements de cet hiver sont, pour reprendre la belle formule
de René Char, une « salve d’avenir ». Mais cette transformation
politique n’est pas encore venue modifier la peur que nous évoquions
précédemment...
Dans cette perspective, quel rôle peuvent jouer les Rencontres
d’Averroès ?
Faire le travail qui a toujours été le leur : donner, se donner, les
moyens de comprendre. Analyser les facteurs, complexes, des
mouvements de rejets auxquels on assiste dans de très nombreuses
sociétés européennes, mieux connaître les messages qui
nous viennent de ces sociétés, en général, et des jeunes générations,
en particulier. Rechercher, ensemble, par le débat, la
controverse et la conjonction d’intelligence un chemin vers
l’avenir.
Il y a de l’Europe dans l’Islam méditerranéen et de
l’Islam dans l’Europe ! À partir de là, il faut voir si une dynamique
du vivre ensemble, de la convivencia, peut se substituer
à
celle de la peur, du repli et du rejet.
Je ne suis pas dans l’angélisme.
J’ai clairement conscience que les rapports de forces
existent des deux côtés de la Méditerranée, qu’il y a beaucoup de
chemin à parcourir, de part et d’autre. Mais à l’échelle de vingt ou
trente ans, la question est de savoir si nous pourrons faire vivre ce
rendez-vous des civilisations, entre l’Europe et l’Islam,
ou si les
dynamiques de la peur prendront le dessus, ce qui serait dommageable
pour les uns comme pour les autres.
Cette rencontre des
civilisations autour de la Méditerranée est-elle une utopie sans
lendemain ou une promesse d’avenir ?
C’est là une vraie belle
question que nous ne manquerons pas de poser au cours de cette
18e édition des rencontres d’Averroès. C’est à mes yeux, une des
grandes questions du XXIe siècle !
[propos recueillis par Jeanne Baumberger]
Les Rencontres d´Averroès ont à présent quatre points d´ancrage et une ambition internationale.
- Les tables rondes qui constituent le cœur de la manifestation
- Le programme culturel " sous le signe d´Averroès " qui propose une approche artistique et sensible, souvent plus accessible, de la problématique qui sera débattue
lors des tables rondes et qui se déploie dans toute la région (Aix en Provence, Apt, Aubagne, Avignon, Arles, Port de Bouc, Chateauneuf les Martigues, Carry le Rouet,
La Ciotat, Martigues, Toulon et Marseille.)
- Le dispositif Averroès Junior dont l´objectif est de sensibiliser les jeunes générations à la complexité du monde méditerranéen qui les entoure.
- La diffusion des débats : Internet, radio (France Culture), édition papier
- La poursuite de Rencontres Sous le signe d´ Ibn Rochd au Maroc et la création à Cordoue de la manifestation " Encuentros Averroes "
(Visuel original : George René)
Rappel
les Rencontres d´Averroès se proposent de penser la Méditerranée des deux rives et d'organiser la controverse autour de trois tables rondes. en savoir +
Lieu ouvert au grand public, les Rencontres sont conçues comme un moment de partage de la connaissance entre des spécialistes et ceux
qui ne le sont pas.
Dans un contexte international particulièrement tendu, singulièrement dans le monde méditerranéen, les Rencontres d´Averroès créent un moment oú il est possible de se parler, de rechercher les termes de la concorde là où règne la discorde. Par delà la violence, la haine, le face à face,
il s´agit grâce aux Rencontres d´Averroès de se donner les moyens de penser le côte à côte, les interactions entre cultures qui font le monde méditerranéen.
Loin des fractures consenties et des guerres entre les cultures et les civilisations, supposées inexpiables, les Rencontres favorisent l´expression d'une pensée ouverte et critique sur la Méditerranée du XXIème siècle.
C´est dans ce but que chaque année les Rencontres d´Averroès invitent des personnaliteacute;s à débattre à Marseille.
Chercheurs, écrivains, philosophes ou artistes sont conviés pour transmettre leur savoir à un large public et pour échanger dans une série
de débats souvent très animés. Plus de 1000 personnes participent ainsi à chacune des tables rondes, sans compter les auditeurs de France Culture, au moment de la diffusion radio des Rencontres d'Averroès et de l´écoute désormais possible sur internet.
Cette grande audience fait des Rencontres d'Averroès un des lieux les plus importants de la réflexion et du débat sur la Méditerranée.
Leur titre rend hommage à Averroès, juriste et philosophe arabo-andalou, né à Cordoue et mort à Marrakech en 1198.
Averroès est la figure qui symbolise la pensée rationnelle dans l´islam médiéval.
Il fut notamment un des grands introducteurs de la philosophie d´Aristote dans la pensée européenne et un passeur magistral entre les cultures
du monde méditerranéen.
Articulées le plus souvent autour des trois temps chers à Fernand Braudel, le temps long, le temps intermédiaire et le temps de l´événement,
les tables rondes permettent d´explorer des thématiques variées en prenant le temps de l´échange et de la compréhension.
Ainsi depuis 1994, les Rencontres ont abordé les thèmes de l´identité, de la ville, des femmes dans la Cité, du colonialisme, des monothéismes,
des libertéés...
Les Rencontres d´Averroès visent à apporter de la clarté et de la complexité à des visions trop souvent embrouillées et simplifiées.
Un rendez-vous désormais indispensable pour tenter de penser ensemble la Méditerranée des deux rives.
Après « Entre Islam et Occident, la Méditerranée » en 2008, « Méditerranée, figures du tragique » en 2009 et « Méditerranée, un monde fragile ? » en 2010, les Rencontres 2011 ont eu pour thème « Europe et Islam, la liberté ou la peur ? ».